Depuis cinq ans, un jeudi par mois vers 18h30, une huitaine d'hommes s'assoient en cercle au nord de Brive. Un bâton passe de main en main. Celui qui le tient parle, les autres écoutent. Certaines séances ont un thème. Il y a peu de formalisme. C’est au contraire un espace de confiance, d’accueil et de bienveillance. Ces temps de parole libre s’enchaînent avec un repas partagé en fin de soirée.
Né pendant les confinements
Le cercle est né dans la période des confinements, à un moment où les occasions de se réunir avaient à peu près toutes disparu. Il s'est formé au sein d'un groupe Colibris de Corrèze — le mouvement lancé par Pierre Rabhi — qui pratiquait alors un jeûne pour la planète.
Le principe était simple : jeûner ensemble, chacun chez soi, comme geste de sobriété et de solidarité. La pratique fait écho au « jeûne pour le climat » lancé en France en 2014 par un collectif d'organisations laïques et religieuses, qui invitait à jeûner le premier jour de chaque mois. Le jeudi soir, ceux qui le souhaitaient se retrouvaient pour rompre le jeûne. Ce moment de partage, d'abord informel, a pris une place croissante. Les échanges y étaient plus lents, plus attentifs, plus tournés vers ce que chacun vivait réellement que vers les opinions des uns et des autres.
Le jeûne collectif a cessé. Le rendez-vous du jeudi est resté.
Une intuition venue d'ailleurs
L'initiateur du cercle est art-thérapeute. Il fréquentait depuis longtemps des ateliers de chant et de danse, et il y faisait un constat récurrent : il y était très souvent le seul homme. Non pas exclu, mais seul de son genre dans des espaces où l'on travaille la connaissance de soi, l'expression, l'émotion.
C'est une des animatrices de ces ateliers qui lui a suggéré l'idée. Le besoin existe aussi du côté des hommes, lui a-t-elle dit en substance ; mais il serait sans doute plus juste de proposer quelque chose qui se fasse spécifiquement avec des hommes, et entre hommes.
Le cercle s'est construit sur cette intuition. Non pas contre quelque chose, ni en réaction à quoi que ce soit : simplement en réponse à un manque identifié.
Ce qui se passe dans le cercle
Le fonctionnement tient en quelques règles, énoncées à chaque séance.
Le bâton de parole. Un objet circule. Celui qui le tient a la parole ; les autres écoutent sans intervenir. Personne n'est coupé, personne n'est commenté, personne ne reçoit de conseil qu'il n'a pas demandé.
Le temps est libre. Chacun parle aussi longtemps qu'il en a besoin — ou passe son tour.
Parler en « je ». C'est le principe le plus exigeant, et il est directement emprunté à la communication non violente. On ne dit pas « on », « les gens », « c'est comme ça ». On dit « je ». Ce déplacement de langage fait basculer la nature de la soirée : on ne débat plus d'un sujet, on témoigne d'une expérience.
Poser le mental. L'invitation est de parler depuis ce que l'on ressent plutôt que depuis ce que l'on pense de ce que l'on ressent. En pratique, cela demande de renoncer à la belle formule et à l'analyse.
Confidentialité. Ce qui se dit dans le cercle ne sort pas du cercle. Sans cette règle, rien de ce qui précède ne fonctionne.
Le groupe réunit environ une dizaine de personnes à chaque séance sur une cinquantaine qui l’ont pratiqué. Au bout de cinq ans, la plupart se connaissent, ce qui change la qualité de ce qui peut se dire : on n'a plus à se présenter, ni à décrire le contexte.
Ce que les participants en retirent
Les hommes qui viennent depuis longtemps évoquent trois choses, à peu près toujours les mêmes : une confiance en soi qui s'installe, une meilleure connaissance de leurs propres fonctionnements, et une forme d'humanité — la découverte que les autres traversent des choses très proches de ce qu'on croyait être seul à traverser.
Il ne s'agit ni d'une thérapie de groupe, ni d'un groupe de parole encadré par un professionnel, ni d'un stage. Il n'y a pas de programme, pas d'objectif de développement personnel, pas de progression. Il y a un rendez-vous mensuel qui tient depuis cinq ans, ce qui, en matière d'engagement collectif, n'est pas rien.
Quelques repères, pour qui veut creuser
Les cercles d'hommes ne sont pas une invention récente, et le sujet mérite qu'on distingue les choses.
Les cercles de parole eux-mêmes puisent dans les traditions autochtones d'Amérique du Nord, où le conseil et le bâton de parole servaient à la décision collective autant qu'au récit. La transmission vers l'Occident s'est faite notamment par la pratique dite du Council, formalisée par Jack Zimmerman et Virginia Coyle dans The Way of Council (peu diffusé en français). On y retrouve les principes du cercle briviste : parler avec le cœur, écouter avec le cœur, dire l'essentiel, garder pour soi ce qui a été confié.
Marshall Rosenberg, avec la communication non violente, a donné le socle de langage : l'observation plutôt que le jugement, le « je » plutôt que l'impersonnel, le besoin plutôt que le reproche. Ses ouvrages sont largement disponibles en français.
Guy Corneau, psychanalyste jungien québécois, a publié en 1989 Père manquant, fils manqué, devenu une référence pour beaucoup de cercles d'hommes francophones. Il y interroge le silence entre les pères et les fils, et la difficulté qui en découle à habiter l'intimité.
Robert Bly, poète américain, est l'auteur du livre qui a lancé le « mouvement mythopoétique » masculin aux États-Unis : Iron John (1990), traduit au Seuil en 1992 sous le titre L'homme sauvage et l'enfant. Le livre part d'un conte des frères Grimm pour parler d'initiation et d'absence de mentors. C'est une lecture stimulante, mais il faut la situer : Bly est aussi lu, en France, comme une figure du masculinisme, et certaines de ses formulations sur les hommes « adoucis » ont mal vieilli.
bell hooks, écrivaine et théoricienne féministe américaine, apporte un autre repère particulièrement éclairant avec La volonté de changer. Les hommes, la masculinité et l'amour, publié aux États-Unis en 2004 et traduit en français en 2021. Elle y montre comment la culture patriarcale, tout en accordant aux hommes une position dominante, leur apprend aussi à réprimer leur vulnérabilité, leurs émotions et leur besoin d'intimité. Elle invite ainsi à penser une transformation du masculin qui ne s'oppose pas au féminisme mais s'inscrit pleinement dans son projet : permettre aussi aux hommes de sortir des rôles qui les enferment et de retrouver une capacité à aimer, à exprimer et à partager leur vie intérieure.
Précision : un cercle d'hommes n'est pas un groupe masculiniste. On n'y défend pas une cause, on n'y désigne pas d'adversaire, on est en harmonie avec le féminisme, en quête de comprendre et d’apaiser. On y parle de soi, à voix haute, devant d'autres qui écoutent. La non-mixité y est un outil de parole, pas un drapeau.
Pierre Rabhi et les Colibris, enfin, pour la matrice locale : sobriété, petits groupes, changement à hauteur d'homme. Le cercle en garde l'échelle et la gratuité.
Infos pratiques
- Quand : le premier jeudi de chaque mois
- Où : au nord de Brive-la-Gaillarde (lieu précis communiqué lors de la prise de contact)
- Qui : des hommes, sans condition d'âge ni d'expérience
- Combien : gratuit, apporter un mets et une boisson à partager
- Comment : prendre contact au préalable avec ...
Henri, au 06 01 17 54 37
Pour obtenir l’adresse du rendez-vous et avoir des précisions, passer un coup de fil.
Essaimage, échanges ...
Le cercle est également ouvert à aller à la rencontre d'autres groupes autour de Brive et dans les environs, pour partager l'expérience acquise au cours de ces cinq années. À la demande de personnes intéressées, certains de ses membres peuvent se déplacer pour échanger, aider à poser un cadre et accompagner les premiers pas d'un nouveau cercle, qu'il s'agisse d'un cercle d'hommes, d'un cercle de femmes ou d'un cercle mixte. Il ne s'agit pas de reproduire un modèle à l'identique, mais de transmettre quelques repères et de soutenir celles et ceux qui souhaiteraient faire naître leur propre espace de parole.
Partenariat
Le cercle d'hommes de Brive est partenaire de Citoyliens
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