( article original de E.D. sur Facebook )
Michel Trésallet, fils de déporté et président du comité tulliste de l’ANACR, interpelle deux élus RN : « Vous insultez nos morts ! »
L’ANACR de Tulle avait déjà refusé la présence du RN aux commémorations du 9 juin 1944.
Elle cite parmi des figures des origines du Front national Pierre Bousquet, Jean Castrillo et Léon Gaultier, présentés comme anciens Waffen-SS.
Elle rappelle aussi François Duprat, qu’elle associe à la diffusion du négationnisme en France.
On peut changer un logo. On ne change pas les archives.
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Il faut saluer avec respect, et même avec gratitude, la parole forte du président de l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (ANACR) de Tulle, qui, lors des commémorations du 82e anniversaire de la Libération de Tulle, a eu le courage de rappeler ce que certains voudraient parfois oublier.
Le courage, car il en faut pour parler ainsi lorsque le débat public préfère trop souvent les accommodements, les silences et les amnésies commodes.
Et il faut saluer plus largement celles et ceux de l’ANACR qui, depuis des décennies, portent cette mémoire. Leur engagement n’est pas seulement mémoriel : il consiste à transmettre les valeurs démocratiques, humanistes et antifascistes de la Résistance et à rappeler ce que leur abandon peut produire.
À Tulle, cette parole n’a rien d’anodin.
Car ici, l’Histoire n’est pas une abstraction. Elle est inscrite dans les rues, dans les noms, dans les pierres et dans les familles. Les 7 et 8 juin 1944, les Résistants attaquent Tulle et contraignent la garnison allemande à se replier. Le 9 juin, la division SS Das Reich reprend la ville. 99 hommes sont pendus aux balcons et aux réverbères de Tulle. 149 autres sont déportés. Le lendemain, la même division massacre les habitants d’Oradour-sur-Glane.
Tulle est ainsi devenue l’une des villes martyres de la France occupée.
Et quelques semaines seulement séparent ces journées de sang de celles de la Libération. Voilà ce que l’on commémore. Pas une photographie en noir et blanc. Pas une cérémonie protocolaire. Pas un moment où l’on dépose une gerbe avant de repartir vers les préoccupations ordinaires. On commémore une France qui, après quatre années d’occupation, de répression, de persécution et de collaboration, retrouva sa liberté grâce à celles et ceux qui avaient refusé de se résigner.
Alors oui, nous devons continuer à nous étonner — et surtout à le dire — lorsque des représentants du Rassemblement national viennent aujourd’hui célébrer les valeurs de la Résistance et de la Libération. Non par procès d’intention. Mais parce que l’histoire politique de leur formation appartient, elle aussi, à notre mémoire nationale.
Le Front national a été créé le 5 octobre 1972, à l’initiative de plusieurs courants de l’extrême droite française, avec Ordre nouveau comme principale force à l’origine de sa création.
Jean-Marie Le Pen en devient le président et incarne rapidement le nouveau parti sur la scène électorale. Parmi les premiers cadres figurent notamment Pierre Bousquet, ancien membre de la Waffen-SS française, et Léon Gaultier, lui aussi ancien Waffen-SS. François Duprat, figure de l’extrême droite radicale et ancien militant d’Ordre nouveau, joue également un rôle important dans la structuration du parti. Ce ne sont pas des insultes. Ce sont des faits historiques.
Alors oui, une formation politique peut évoluer.
Ses dirigeants peuvent changer. Son électorat peut évoluer. Mais l’évolution d’un parti ne permet pas l’effacement de son histoire.
Changer le nom du Front national en Rassemblement national ne change ni les archives, ni les filiations, ni les combats politiques qui ont marqué ses origines.
Et c’est précisément pourquoi les cérémonies de Tulle devraient imposer une forme de gravité.
Car la Résistance n’est pas un mot magique que l’on peut prononcer pour se donner une légitimité républicaine. Elle ne se résume pas à des drapeaux, à une Marseillaise et à quelques gerbes déposées devant un monument.
La Résistance, c’est le refus.
Le refus de l’occupation. Le refus de la collaboration. Le refus de l’antisémitisme d’État. Le refus du fascisme. Le refus de la dictature. Le refus de la déshumanisation. Et derrière ces mots, il y eut des femmes et des hommes qui savaient parfaitement ce qu’ils risquaient : l’arrestation, la torture, la déportation, les camps, la mort. Certains ne sont jamais revenus.
[19/08/2026 08:33] Marie Claude Marlin Marie Claude Marlin: C’est pourquoi Jean Moulin n’est pas un symbole disponible pour toutes les récupérations. Lucie Aubrac n’est pas une icône que l’on convoque sans accepter ce qu’elle combattait. Les maquisards ne sont pas des silhouettes héroïques sorties des livres d’histoire : ils étaient des hommes et des femmes qui avaient choisi la liberté alors même que la liberté pouvait leur coûter la vie.
À Tulle, les morts sont encore là.
Dans les noms. Dans les familles. Dans les mémoires. Dans cette ville qui porte encore les traces de ce que fut la barbarie nazie et de ce que furent les crimes commis avec la complicité du régime de Pétain.
Les morts ne peuvent plus répondre lorsque les vivants parlent à leur place. Mais les pierres, elles, demeurent. Et elles nous rappellent qu’une démocratie peut vaciller, qu’une République peut être vaincue, qu’un pays peut être livré à l’occupation, à la haine et à la persécution. Elles nous rappellent aussi qu’il existe toujours, dans les heures les plus sombres, des femmes et des hommes capables de dire non.
C’est pour cela que la parole de l’ANACR mérite notre respect.
Et que le courage de celles et ceux qui continuent de la porter mérite d’être salué. Ils ne défendent pas une mémoire partisane. Ils défendent une mémoire nationale. Ils ne cherchent pas à confisquer la Résistance. Ils refusent qu’on la vide de son sens. Car la mémoire de la Résistance appartient à la Nation tout entière. Mais précisément pour cette raison, elle ne peut être transformée en patrimoine électoral.
La République, la Résistance et la Libération ne sont pas des costumes que l’on revêt le temps d’une cérémonie.
Et l’Histoire n’est pas une page blanche sur laquelle chacun pourrait réécrire ce qui l’arrange. À Tulle, comme à Oradour, les pierres ont une mémoire. Elles nous disent ce que la France a subi. Elles nous disent aussi ce que des Français ont refusé.
Et elles nous demandent, aujourd’hui encore, ce que nous sommes prêts à défendre. Commémorer la Résistance, ce n’est donc pas seulement honorer ceux qui sont morts pour la liberté.
C’est avoir le courage de défendre, aujourd’hui, ce pour quoi ils sont morts.
Voir aussi article de La Montagne - second article -
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