Airelle : 40 ans d’accompagnement des personnes et des initiatives
Fondateur et aujourd’hui trésorier de l’association Airelle, Luc Duquenne revient dans cette interview sur quarante années d’engagement en faveur des personnes qui entreprennent, des associations et du développement des territoires ruraux. Une histoire profondément humaine, dans laquelle la création d’entreprise n’est jamais considérée comme une fin en soi.
Airelle, association partenaire de Citoyliens, accompagne depuis 1985 les femmes et les hommes qui souhaitent créer, reprendre ou développer une activité. Implantée à Saint-Germain-les-Vergnes et présente dans différents points d’accueil corréziens, elle intervient au plus près des personnes et des territoires.
Dans cet entretien, son fondateur Luc Duquenne raconte comment une initiative bénévole, née de quelques rencontres en Dordogne, est progressivement devenue un acteur reconnu de l’accompagnement à l’entrepreneuriat, de l’insertion et de l’économie sociale et solidaire.
Aux origines d’Airelle : ne pas laisser les créateurs seuls
À la fin des années 1970, Luc Duquenne quitte la région parisienne et s’installe en Dordogne. Il travaille alors comme conseiller en gestion d’entreprise.
Il rencontre rapidement des personnes au chômage qui ont tenté de créer leur propre activité, mais qui se retrouvent seules face aux questions administratives, économiques et humaines que cette démarche soulève.
Avec quelques amis, il décide d’organiser de premières permanences bénévoles afin de les aider à comprendre le fonctionnement d’une entreprise et à structurer leur projet.
Ce qui ne devait être qu’une aide ponctuelle révèle rapidement un besoin beaucoup plus important. Une association est créée, une première salariée est recrutée, puis l’équipe s’agrandit.
Airelle est née.
L’initiative essaime ensuite vers la Charente, la Corrèze et le Limousin. À son apogée, l’ensemble des structures issues de cette dynamique comptera jusqu’à 45 salariés.
« Nous accompagnons des personnes, pas seulement des projets »
Cette phrase résume probablement le mieux la conception défendue par Luc Duquenne.
Derrière une création d’activité se trouve toujours une personne, mais aussi parfois un couple, une famille, un parcours professionnel interrompu ou un projet complet de changement de vie.
Pour Airelle, la création d’entreprise ne doit donc pas devenir une obligation ni un indicateur de réussite imposé à chaque personne accompagnée.
Une personne peut renoncer à créer son entreprise tout en ayant progressé grâce à l’accompagnement. Elle peut retrouver un emploi, entrer en formation, réorienter son projet ou simplement acquérir une meilleure connaissance de ses compétences.
Le résultat ne se mesure pas uniquement au nombre d’entreprises immatriculées.
L’accompagnement permet également de reprendre confiance, de mieux se présenter, de rencontrer d’autres personnes et de retrouver une capacité à agir.
Entreprendre et s’installer en milieu rural
L’histoire d’Airelle est étroitement liée aux politiques d’accueil développées autrefois par la Région Limousin.
Des personnes venant notamment de la région parisienne ou du nord de la France souhaitaient s’installer dans un territoire rural, attirées par un immobilier plus accessible et par une autre qualité de vie.
Mais acheter une maison à la campagne ne suffisait pas à construire un projet de vie durable.
Les nouveaux habitants devaient découvrir le territoire, comprendre son fonctionnement, développer une activité et créer des relations locales. Certains découvraient également que la vie rurale en hiver était très différente de celle qu’ils avaient imaginée pendant l’été.
L’accompagnement devait donc prendre en compte à la fois le projet professionnel, l’installation personnelle et l’intégration dans le territoire.
Cette approche demeure au cœur de l’identité d’Airelle : favoriser des activités capables de durer, mais aussi permettre aux personnes de trouver leur place dans leur nouvel environnement.
Les associations, moteurs indispensables des territoires
L’entretien dépasse largement la seule question de la création d’entreprise.
Luc Duquenne rappelle que les associations constituent l’un des principaux moteurs de la vie locale :
« Sans les associations, il ne se passe rien. »
Alors que les entreprises commerciales et artisanales disposent de leurs chambres consulaires, les associations ont longtemps manqué d’un lieu équivalent vers lequel se tourner pour être accueillies, conseillées et accompagnées.
Airelle a ainsi joué, de manière informelle, le rôle d’une « chambre des associations » et de l’économie sociale.
Ce travail s’inscrit aujourd’hui dans le champ reconnu de l’économie sociale et solidaire. Airelle porte notamment en Corrèze l’incubateur Rhizome, destiné aux projets d’utilité sociale ou d’intérêt collectif.
L’association est également labellisée Guid’Asso pour l’accompagnement spécialisé dans la construction de projets associatifs et relevant de l’ESS.
Un territoire existe aussi par les rencontres
Le développement local ne repose pas seulement sur des entreprises, des dispositifs ou des financements. Il dépend aussi de la capacité des habitants à se rencontrer, à échanger et à construire des projets ensemble.
Luc Duquenne évoque le temps où les bals des villages permettaient aux habitants de se retrouver. Avec l’évolution des modes de vie, ces occasions se sont progressivement raréfiées.
Or, parmi les premières attentes exprimées par les personnes accueillies par Airelle figurent le besoin d’être écoutées et l’envie de rencontrer d’autres personnes.
C’est notamment de ce constat qu’est né Le Chaudron, la communauté des entrepreneurs et entrepreneuses proches d’Airelle. Il propose des temps de rencontre, de coopération et de partage d’expériences dans un esprit de solidarité et de bienveillance.
Une ancienne ferme pour accueillir les initiatives
Le choix d’installer Airelle dans une ancienne ferme à Saint-Germain-les-Vergnes n’est pas anodin.
Pour Luc Duquenne, une association qui affirme travailler sur l’entrepreneuriat rural doit elle-même être présente dans le territoire rural.
Le lieu offre un environnement calme et accessible, entouré de champs, où les personnes peuvent se garer, respirer et prendre le temps d’échanger.
Cette implantation traduit une volonté ancienne d’Airelle. En Dordogne, l’association avait notamment occupé l’école d’un village d’environ 500 habitants. L’objectif a toujours été de rester proche des personnes et de ne pas concentrer tous les services dans les grandes villes.
Les membres de l’équipe continuent également de se déplacer dans l’ensemble du département afin d’aller vers les porteurs de projets.
Le projet d’une grange consacrée aux échanges et aux coopérations
Airelle porte désormais un important projet autour de la restauration d’une grange située sur son site de Saint-Germain-les-Vergnes.
L’objectif est à la fois de préserver un élément du patrimoine rural et de créer un lieu destiné aux rencontres, aux formations et aux projets collectifs.
La grange pourrait accueillir :
– des salles de réunion et de formation ;
– des bureaux partagés ;
– des ateliers partagés ;
– des rencontres entre entrepreneurs, associations et habitants ;
– des activités autour du four à pain existant ;
– éventuellement un espace de présentation ou de vente de produits locaux.
Airelle a déjà pu acquérir l’ensemble immobilier, mais doit maintenant réunir les financements nécessaires à la restauration et à l’aménagement de la grange.
Au-delà du bâtiment, ce projet prolonge la vision défendue depuis les origines de l’association : offrir aux personnes un lieu pour être accueillies, écoutées et mises en relation.
Quarante ans d’utilité territoriale en quête de reconnaissance
Après quatre décennies d’activité, Airelle demeure confrontée à la fragilité des financements associatifs.
L’association s’appuie sur plusieurs partenaires : Région, État, collectivités territoriales, services publics et communautés de communes. Cette diversité limite la dépendance envers un financeur unique.
Pour Luc Duquenne, chaque participation, même modeste, représente aussi une reconnaissance de l’utilité de l’association.
Mais la reconnaissance financière ne suffit pas. Airelle souhaite également être davantage associée aux réunions, aux réflexions et aux décisions institutionnelles qui concernent les sujets sur lesquels elle travaille quotidiennement.
Les chambres consulaires sont naturellement invitées dans de nombreuses instances. Les associations spécialisées dans l’accompagnement, l’économie sociale et solidaire ou le développement rural le sont moins systématiquement.
Pourtant, comme le souligne son fondateur, si Airelle est toujours présente après 40 ans, c’est qu’elle répond durablement à une réalité du territoire.
Airelle, association partenaire de Citoyliens
Airelle est une association partenaire de Citoyliens et utilise la plateforme associative pour relayer ses initiatives, ses rencontres, ses ateliers et ses actions en faveur des personnes qui entreprennent.
Ce partenariat contribue à faire circuler localement une information utile, sans publicité, sans algorithme de captation et sans obligation de créer un compte pour la consulter.
À travers le témoignage de Luc Duquenne se dessine une conception profondément humaine de l’entrepreneuriat : entreprendre ne consiste pas uniquement à créer une structure économique. C’est aussi trouver sa place, acquérir de l’autonomie, rejoindre un territoire et rencontrer les personnes avec lesquelles il devient possible d’agir.
En savoir plus
Site de l’association Airelle :
https://airelle.org
Retrouver les publications d’Airelle sur Citoyliens
Adresse :
155 route de Lagraulière
19330 Saint-Germain-les-Vergnes
Téléphone : 05 55 29 00 50
Courriel : [email protected]
Views: 1




