Agrivoltaïsme : Alpes de Hautes-Provence et Corrèze, même combat !

Retour sur la conférence avec Clément Osé, auteur du livre Les Marchands de soleil et l'intervention du collectif "Noailles - Non à l'agrivoltaïque"

Lors d’une soirée organisée par Terre de Liens, Corrèze environnement et la Confédération Paysanne, en présence de plusieurs collectifs corréziens opposés aux projets photovoltaïques industriels en Corrèze, Clément Osé a présenté son livre Les Marchands de soleil (co-écrit avec Sylvie Bitterlin), un journal à deux voix sur la lutte d'une poignée de retraités qui tentent de sauver la montagne bleue de Jean Giono, la montagne de Lure accaparée par les frénétiques industriels du photovoltaïsme. Un récit qui interroge : la transition peut-elle être écologique lorsqu'elle rase des forêts, détruit les milieux naturels et menace la biodiversité ?

Voici l'entrée en matière de Clément Osé dont vous trouverez la conférence dans sa totalité au fil des audio ci-après.

Merci beaucoup à Terre de Liens et à toutes les organisations […] qui m'ont invité. Je suis en train de faire une tournée de présentation du livre que j'ai écrit avec Sylvie Bitterlin […] qui s'appelle *Les Marchands de soleil- face à la machine photovoltaïque*. À titre personnel, ça nous fait très plaisir (enfin, je dis "nous" mais aujourd'hui je suis tout seul) de voir qu'il y a des gens qui s'intéressent à ce thème, des gens qui se réveillent, qui se soulèvent aussi contre des projets industriels qui apparaissent à côté de chez eux.

Souvent, ces gens-là, les industriels aiment bien les faire passer pour des râleurs, des râleuses qui consomment de l'électricité mais ne seraient pas prêts à assumer les conséquences de leur choix, qui ne veulent pas "avoir la centrale dans leur jardin", etc. Un procès culpabilisateur. Moi, je trouve au contraire que c'est une réaction profondément légitime, une réaction écologique : des gens liés à leur habitat, à leur environnement de manière vitale et affective qui se retrouvent menacés de destruction. C'est normal de se mobiliser.

Merci à vous pour votre engagement – ou votre début d'engagement, si c'est un début. Je m'appelle Clément, j’écris sur l’écologie et le monde paysan depuis une dizaine d’années. Ce livre est né d’une rencontre avec Sylvie Bitterlin, qui a une double casquette : co-autrice, mais aussi protagoniste principale de l’histoire. On s’est basé sur ses carnets intimes et son récit de la lutte dans la montagne de Lure (Alpes-de-Haute-Provence), un lieu magnifique classé Réserve de biosphère par l’UNESCO, aujourd’hui menacé par 30 projets photovoltaïques (déjà 1 000 hectares concernés).

  1. Vulgariser : Pour que les enjeux liés à ces projets puissent être appréhendés par tous.
  2. Donner des outils : Aider les collectifs en lutte à penser ces projets de manière systémique (extraction minière, recyclage, biodiversité).
  3. Raconter une résistance : Celle de Sylvie, une sexagénaire qui est passée sans transition de la méditation au blocage de bulldozers.
  • Pas si renouvelables : Les panneaux sont constitués de métaux, principalement de silicium, plomb, argent, cadmium et de cuivre dont les réserves s’épuisent (40 ans au rythme actuel, selon l’ingénieure Célia Izoard).
  • Pas si vertes : L’extraction minière ravage des régions entières (pollution, déforestation, violations des droits humains). Bilan carbone élevé pour l'obtention du silicium métal (1 tonne de silicium = 6 tonnes de charbon) et les opérations de raffinage utilisent de nombreux produits toxiques très polluants pour l’atmosphère et les cours d'eau.
  • Pas si utiles : Ces centrales ne remplacent ni le nucléaire ni les fossiles – elles s’y ajoutent.

Concept inventé par Christian Dupraz (INRAe) pour justifier l’installation de panneaux sur des terres cultivables, avec des subventions publiques. Ce terme marketing surfe sur la précarité des paysans :

  • Les agriculteurs perdent leur statut et leur autonomie.
  • Des loyers 20 à 30 fois supérieurs à un fermage… mais qui sont des "miettes" comparés aux profits des industriels (1 million d’euros/hectare en 30 ans).
  • Une couverture légale pour artificialiser les sols : à Cruis, la mairie touche 170 000 €/an pour 17 hectares de panneaux.

Dans la montagne de Lure, le collectif Elzéard-Lure-en-Résistance a :

  1. Documenté les illégalités : Contre-expertises naturalistes pour identifier les espèces protégées "oubliées" par les industriels.
  2. Bloqué les chantiers : Un mois et demi d’actions directes pour retarder les travaux.
  3. Gagné en justice : Le tribunal a annulé les dérogations pour destruction d’espèces – même si la centrale illégale fonctionne encore en appel.

En Corrèze, on recense 6 sites actifs d'installation photovoltaïques au sol en 2023

contre 182 projets photovoltaïques en 2025

  • À Noailles, le projet de centrale sur sol agricole de 30 ha vient d'être abandonné grâce à une mobilisation exemplaire du collectif Noailles - Non à l'agrivoltaïsme.
  • À Viam, sous la pression de la municipalité et de la communauté de communes Vézère-Monédières-Millesources opposées à ce projet et du collectif de défense de la Buffatière, la SAFER a renoncé à attribuer l'achat de 47ha à la Foncière Rurale de la Corrèze pour une installation photovoltaïque.
  • À Pompadour, la propriétaire des terres a refusé la dérogation qui permettait de supprimer des haies classées par la commune et la vente à la Foncière Rurale ne s'est pas faite.
  • À Beaumont, la mairie soutenue par le conseil communautaire de l'agglomération de Tulle est en attente de jugement au tribunal administratif contre la Foncière Rurale
  • À Varetz, une déclaration préalable a été validée pour une centrale agrivoltaïque au sol de 2,5ha au milieu d'une zone pavillonaire (inférieure à 6ha le projet échappe à l'étude d'impact). Un télérecours a été réalisé par le collectif de riverains ainsi qu'un recours administratif représenté par un avocat.
  • À Vigeois, suite à un rapport d'enquête publique défavorable, le préfet a refusé le projet d'une centrale de 19 ha au motif qu'il impacte des cultures sur des terres arables, qu'il contribue à la destruction d'habitats naturels et perturbe le fonctionnement global des zones humides.
  • À Alleyrat, sur le territoire du Parc naturel régional de Millevaches, la lutte continue pour l'Association pour la préservation de la nature et de l'environnement d'Alleyrat. Le projet porté par la société RP Global s'étendrait sur 70 ha avec 42 000 panneaux trackers à 3,16 m de haut.

Un collectif départemental a été créé pour fédérer les nombreux collectifs locaux d'opposition. Ceux-ci mettent en commun leurs informations, leur expérience et l'expertise acquise dans le cadre de leur mobilisation.

"Ce n’est pas inutile. Chaque lutte crée du lien, ralentit la machine… et fait bouger les lignes."

Clément Osé et les collectifs insistent sur :

  1. L’unité : Trouver un dénominateur commun ("Ni ici, ni ailleurs") malgré les divergences tactiques.
  2. L’action juridique : Contester les études d’impact biaisées et les dérogations préfectorales.
  3. La désobéissance civile : Comme à Cruis où des blocages ont retardé les travaux illégaux.

Pour aller plus loin :

Lire ce récit sensible et captivant, extrêmement documenté, qui adopte les codes du roman pour dire le réel: LES MARCHANDS DE SOLEIL. FACE À LA MACHINE PHOTOVOLTAÏQUE de Clément Osé & Sylvie Bitterlin, Tana Éditions, collection Nouveaux récits.

"Ce n’est pas une fatalité. En résistant, on peut sauver des milliers d’hectares." — Clément Osé

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