Célébration de l’anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme

Le 10 décembre 2024, à Brive, s'est tenue comme tous les ans la célébration de la déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948, en présence des représentants des associations composant le collectif du 10 décembre en Corrèze, et de Mr Lescure, Adjoint Culture de la Mairie de Brive.

Voici les textes des prises de parole prononcées au micro ce soir là :

Nous avons choisi de centrer la commémoration de la Déclaration des Droits de l'Homme sur les articles 13 et 14 de la DUDH qui proclament notamment ''Toute personne a le droit de circuler librement et le droit de quitter tout pays y compris le sien'' ou encore ''Devant la persécution toute personne a le droit de chercher asile et bénéficier de l'asile en d'autres pays''. Or ce droit n'a jamais été autant remis en cause en Europe même.

En effet 2024 a été ''l'année de tous les dangers'' au sud de l' Europe occidentale pour les migrants qui arrivent par la mer (97%). Sans vous abreuver de chiffres, il faut savoir que le nombre de noyades de migrants en Méditerranée et dans la Manche depuis le début de l'année a battu des records : 3100 connues en Méditerranée mais combien sont cachées ou ignorées, 65 dans la Manche à ce jour ! C'est plus de la moitié des morts civils causés par la terrible guerre en Ukraine depuis le début de l'année !

Le pape lui-même s'en est ému en déclarant ''Il y a un cri de douleur qui résonne plus que tout autre et qui transforme la Mare Nostrum en Mare Mortum''

Intéressons -nous un peu au vocabulaire car vous verrez qu'il en dit long sur une certaine presse ou des medias qui n'ont qu'un seul mot ''immigrés'' pour nous parler des migrants et nous inculquer des idées toutes faites !

Qu'est-ce qu'un migrant pour l'ONU ? C'est une personne qui quitte son lieu de résidence pour s'établir à titre provisoire ou définitif dans une autre région de son pays ou dans un autre pays. Un ''migrant économique'' est un migrant qui fui son pays pour tenter d'améliorer sa situaton économique devenue intenable pour différentes raisons quenous évoquerons plus tard.

Un demandeur d'asile est un migrant qui sollicite la protection d'un état contre les persécutions subies dans son pays et sur laquelle le pays où il se trouve n'a pas encore statué . S'il se voit accorder l'asile il devient réfugié ; il obtient une carte de résident. Sinon il devient un migrant en situation irrégulière comme celui dont le visa a expiré ou celui qui entre illégalement sur le territoire.

Avant de parler de la France , il faut savoir que la majorité de ces migrations dans le monde s'effectue à l'intérieur d'un même continent (Afrique, Asie, Amérique latine)ou d'un pays : la part de la population mondiale vivant dans un autre pays que le sien est environ de 185 millions de personnes soit 2,5 % de la population mondiale et près de la moitié vivent dans des pays dits à faibles revenus ou revenus intermédiaires (chiffres de la Banque Mondiale) donc bien loin de l'Europe occidentale ! Car pour venir dans nos pays il faut de l'argent, il faut payer des passeurs, ce sont donc souvent les plus fortunés parmi ces malheureux qui arrivent.

En 2023, 267000 environ arrivées de migrants et réfugiés (dont 97% par voie maritime) dans les pays du Sud de l'Europe : Grèce, Chypre, Italie, Espagne, Malte selon le Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU.

Qu'en est-il de ceux , peu nombreux, qui sont arrivés jusqu'en en France ? Très peu sont clandestins ; un grand nombre sont demandeurs d'asile et n'ont pas de réponse à leur demande ; certains sont retenus dans les 12 centres d'enfermement français ; quelques-uns ont obtenu un visa. La France a délivré en 2023, 323260 titres de séjour . Ce chiffre est en hausse par rapport à 2021 et 2022 car après leCOVID, la reprise économique pour des besoins de main d'oeuvre nécessitait d' accroitre légalement ''l'mmigration de travail'' d'où que viennent les migrants ; dans ce cas c'est l'économie et non le droit qui fait la loi ! Pour le reste, 100000 titres de séjour étaient destinés à des étudiants. 17000 reconduites dans les pays d'origine ont été prononcées.

Nous sommes bien loin d'une invasion par les migrants !

Mais malgré les 2000 kms de murs et clôtures ''antimigrants'' aux frontières de l'UE (contre 214 en 2014) et la politique ''d'externalisation du contrôle des frontières'' : depuis une vingtaine d'années (comme la Grande Bretagne nous paie pour ''garder les migrants dont elle ne veut pas), nous payons la Grèce, la Turquie pour ''garder'' les migrants du Moyen Orient et maintenant des pays du nord de l'Afrique pour ''garder'' les migrants d'Afrique centrale dans des conditions de plus en plus terribles) ; malgré cela, les tentatives souvent mortelles de traverser la Méditerranée par exemple sont en hausse car les causes de ces migrations ne cessent de s'aggraver.

J'ai des éléments pour les autres parties qui pourraient vous intéresser par exemple pour la partie sur la violation des droits des migrants par les politiques migratoires le phénomène d'externalisation de la gestion des frontières entraine un engorgement des centres de rétention qui sont de véritables prisons sans contrôle dans la plupart des pays d'Afrique en particulier : un rapport de Médecins sans Frontières (où l'ONG a eu tout le mal du monde à entrer) fait état de maltraitances, les hommes sont battus (cas d'électrocution), les femmes agressées sexuellement.. Les gardiens tirent même sur des migrants qui essaient de s'échapper ''Nous sommes horrifiés par ce que nous avons vu !'' Une demande de Libération des migrants n'a jamais abouti ...L'UNHCR explique que les sommes allouées à la rétention des migrants ne servent qu'à renforcer la politique répressive .

Pire encore : Londres sous-traite les demandes d'asile au Rwanda en toute violation du droit international ; or ce pays est déjà submergé de demandes d'asile et accueille des centaines de milliers de réfugiés !

Dans les solutions : combattre les idées fausses ''les immigrés coûtent cher''. L'OCDE a établi en 2021 que les contributions sous forme d'impôt, de cotisations diverses des immigrés étrangers étaient supérieures aux dépenses que nous consacront à leur santé ou à leur éducation. Autre idée ''l'aide médicale d'état encourage l'immigration illégale" ; or cette aide aux immigrés a représenté 0,5% de l'assurance maladie ; En 2020 les Hôpitaux de Marseille ont accueilli 2600 bénéficiaires de cette aide et les Hospices civils de Lyon 905 soit un tous les 5 jours : pas vraiment un état de siège des services !

Il faut combattre l'approche anxiogène d'une certaine presse et de médias nourrissant des arrière-pensées xénophobes.

Défenseurs des droits humains. Partout dans le monde, et tout le temps ; chaque article de la DUDH est violé, un nombre incalculable de fois. (cliquez pour voir la suite)

Un nombre incalculable de fois des défenseurs des droits humains se dressent en prenant des risques plus ou moins grands et jusqu'au risque de mourir .

Nous savons que, depuis la Déclaration du 10 décembre 1998, les états ont obligation de les protéger ; hélas, c'est souvent le contraire qui se passe.

Voyons en France, 4e pays accueillant en Europe, comment les deux articles que nous avons choisis sont respectés. Certes, l'Etat français prend certaines mesures positives pour accompagner les migrants ; mais il y a des situations vraiment désastreuses qui doivent se qualifier de « violations des droits humains ».

Alors dans notre pays, des associations, de simples citoyens prennent la relève.

Tout le monde a suivi à partir de 2015 l'engagement de Cédric Herrou pour porter secours à ses frères humains en grand danger, en traversant les Alpes, souvent de nuit. Une évidence pour cet enfant du pays et ses camarades. Ils fondèrent l'association « Roya Solidaire ».

Le 8 août 2015 Cédric Herrou fut condamné par la Cour d'Appel d'Aix en Provence à 4 mois de prison avec sursis. Y aurait-il un délit de solidarité ? Heureusement, l'accusation fut annulée par le Conseil constitutionnel.

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Au niveau européen, SOS Méditerranée association de citoyens indignés et déterminés a réussi ce que les états ensemble ne sont pas parvenus à construire : sauver de la noyade 41 000 migrants ; trop d'autres, hélas ont péri faute de moyens.

Chaque sauvetage est un grand moment où professionnalisme, chaleur,fraternité, réconfort, espoir et même joie et beauté se conjuguent pour un maximum d'humanité.

Sur le plan juridique, SOS Méditerranée vient également de saisir la Cour constitutionnelle pour l'examen du décret Piantedosi qui leur semble abusif.

Ainsi, SOS Méditerranée applique sa devise : SAUVER PROTEGER TEMOIGNER

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Hommage à tous les migrants qui tentent de défendre leur droit à la vie dans les centres de rétention où ils sont enfermés dans les pires conditions. C'est le cas de Aliou Kandé un jeune migrant de Guinée Bissau enfermé à Tripoli et qui après avoir réclamé en vain de la nourriture pour ses camarades et lui-même a tenté de s'enfuir pour échapper à la famine ; il a été abattu par les gardes du camp.

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La réaction indignée de 5 grandes organisations après la condamnation de Cédric Herrou , indique la juste attitude. Ce sont Amnesty International, la Cimade, Médecins du Monde, Médecins sans frontières, Secours catholique-Caritas-France . Voici leur déclaration :

«  Ni trafiquants, ni délinquants, ces personnes inquiétées, intimidées, poursuivies et désormais condamnées sont avant tout des DEFENSEURS des DROITS HUMAINS. L'Etat doit prendre toutes les mesures pour protéger les personnes et associations qui oeuvrent à la protection des droits humains et en dénoncent les violations . »

Qu'est-ce qui pousse ces personnes à migrer ? Rester ce serait risquer une vie indigne, la prison, des violences, la mort. Les causes des migrations sont diverses et souvent se superposent et convergent (pauvreté, persécutions, guerres ...) (cliquez)

Qu'est-ce qui pousse ces personnes à migrer ? Rester ce serait risquer une vie indigne, la prison, des violences, la mort. Les causes des migrations sont diverses et souvent se superposent et convergent (par exemple la raréfaction de terres cultivables à cause de la sécheresse, des inondations ou des pollutions va entraîner des conflits armés).

-la pauvreté : inégalité d'accès à l'eau potable, à la nourriture, à l'habitat, à la santé... L'extrême pauvreté (- de 1,7euros par personne et par jour) est concentrée en Afrique et en Asie, mais existe aussi par endroits dans d'autres parties du monde.

Les pays de l'OCDE donnent moins de 1% de leur PIB au développement des pays pauvres et la moitié de cette aide sert à enrichir les grosses entreprises de l'OCDE implantées dans ces pays.

Pourtant les pays d'Afrique sont immensément riches de leurs ressources minières, mais par exemple en Guinée Conakry et au Congo 85% de ces richesses sont exportées et profitent aux multinationales et aux pouvoirs corrompus, tandis que 4 habitants sur 5 vivent en-dessous du seuil de pauvreté. De plus le maintien du franc CFA empêche les états d'exercer une politique financière autonome et crédible.

Dans de nombreuses régions l'agriculture locale de subsistance a été remplacée par des monocultures d'exportation (arachide, huile de palme, bananes, avocats...) qui polluent et appauvrissent les sols et de plus les paysans dépendent des prix d'achat fixés à la bourse de New York ou de Londres

-les persécutions :

Les femmes victimes de violences (mutilations sexuelles, mariages forcés...)

Contrairement à ce qui est souvent dit, les femmes migrent de plus en plus nombreuses, et sont sans doute à présent plus nombreuses que les hommes à migrer, mais surtout dans les zones ou les pays proches.

Les atteintes à la liberté de conscience pour les minorités religieuses : musulmans au Myanmar (la majorité des Rohingyas, minorité musulmane vit maintenant dans des camps au Bangladesh) et en Chine, chrétiens dans les pays sous menace djihadiste ( Irak, Syrie...). Dans 11 pays du monde on peut être condamné à mort pour avoir exprimé son athéisme.

La violence des mafias présentes dans toutes les branches de l'économie mondiale : en Albanie, l'antique code d'honneur du kanun, instrumentalisé par la mafia, oblige des familles entières à fuir, surtout si elles sont Roms.

Les minorités sexuelles : en 2020 dans 6 pays l'homosexualité entre adultes est passible officiellement de la peine de mort, dans de nombreux pays elle est passible de peines de prison. Même dans des pays où il n'y a pas de lois répressives, comme en Russie, dans les faits les homosexuels peuvent être soumis à des discriminations. Cependant les principaux pays connus pour une émigration LGBTQI sont l'Iran, l'Irak, la Jamaïque, le Pakistan, l'Arabie Saoudite, le Mexique...

Atteintes à la liberté d'opinion : des militants (pour les droits humains, pour la défense de l'environnement...), des journalistes, ou de simples utilisateurs de réseaux sociaux exprimant leur opinion peuvent être obligés de fuir leur pays pour échapper à des persécutions de la part de l'Etat ou de représentants d'intérêts privés puissants.

-Les différentes formes modernes d'esclavage : exploitation sexuelle, par le travail, par la mendicité, par les dettes... les femmes et les enfants sont les principales victimes d'esclavage (esclavage domestique, enfants soldats...). Les esclavagistes modernes peuvent être des organisations criminelles , des personnes quelconques (esclavage domestique) ou des états (pratiquement tous les produits chinois bon marché viennent d'un camp de travail). Les moyens de pression empêchant les victimes de fuir sont nombreux : menaces sur les familles, rétention de papiers d'identité, dettes etc

-les guerres : à l'été 2024 la croix-rouge a recensé plus de 100 conflits armés dans le monde dont les civils sont les principales victimes..

Conflits entre chefs de guerre qui se disputent le pouvoir (Soudan),

groupes armés qui se disputent l'exploitation d'une ressource naturelle convoitée par les grands groupes industriels (le coltan au Congo, 20 ans de guerres),

conflits ethniques et historiques attisés par les intérêts financiers des vendeurs d'armes (15% de la population yéménite a fui les conflits, la France a vendu des milliards d'armes à l'Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, 2 états impliqués dans le conflit au Yemen), conflits pour la subsistance sur des terres dégradées (au Mali éleveurs Peuls et agriculteurs Dogon se disputent des sols menacés par la sécheresse).

-les atteintes à l'environnement : 150 millions de personnes ne pourront plus vivre sur leurs terres d'ici 2050 à cause des changements climatiques et des dégradations de l'environnement. Mais pourront-elles migrer dignement et dans de bonnes conditions ? Et vers quelles zones de la planète ?

Les plus pauvres, les premiers touchés, ne peuvent que se déplacer dans des régions ou des pays très proches, souvent très pauvres. En 2023, les pluies torrentielles et les inondations liées notamment au débordement du lac Tanganyika ont entraîné le déplacement de plusieurs dizaines de milliers de personnes et amputé les moyens de subsistance de plus de 10 % de la population, en grande majorité rurale.

Les pays riches, ceux qui sont responsables du dérèglement climatique et des dégâts environnementaux disposent des infrastructures les plus solides pour faire face et leurs populations sont les moins concernées par les migrations.

De tels bouleversements, inéluctables et qui ne vont que s'aggraver, conduisent à des conflits, à des persécutions, à des atteintes graves et des déplacements forcés. Plus de la moitié des conflits déclenchés depuis 1995 se sont produits dans les pays les plus exposés au réchauffement et les moins en mesure de s’y adapter 

En 1985, dans un rapport de l'ONU, il y a eu une définition de « réfugié de l'environnement « :  « Ceux qui sont forcés de quitter leur lieu de vie, temporairement ou de façon permanente à cause d'une rupture environnementale (naturelle ou humaine) qui a mis en péril ou sérieusement affecté leurs conditions de vie .»

Mais il ne s'en est suivi aucun droit d'être protégé, aucun statut, aucun régime de protection légale pour ce type de réfugiés : c'est un vide juridique. De Cop en Cop, les réfugiés environnementaux sont les éternels oubliés des conférences sur le climat.  

Quels sont les obstacles des personnes voulant quitter leur pays, qu’ils soient réfugiés, demandeurs d’asile ou migrants économique ? (cliquez)

Obtention de passeport, de titre de séjours sont devenus très difficiles, ce qui fait que ces personnes ne peuvent pas travailler et sont dans une grande précarité, dans une zone grise à la merci de profiteurs et de mafia.

Il y a aussi l’externalisation des demandes d’asiles, par exemple dernièrement le Royaume Uni qui a voulu sous-traiter les demandes d’asile avec le Rwanda en violation du droit international. Or ce pays est déjà submergé de demande et accueille des centaines de milliers de réfugiés. En Italie, les personnes arrivées illégalement dans les pays seraient envoyés dans des centres de rétention en l’Albanie. Ces mêmes méthodes existent aussi aux USA. Les méthodes d’externalisation de la gestion des frontières entrainent un engorgement des centres de rétention qui sont de véritables prisons sans contrôle dans la plupart des pays d’Afrique en particulier. : Le rapport de Médecin sans frontière a fait état de maltraitance, les hommes sont battus (des cas d’électrocution) les femmes agressées sexuellement … Les gardiens tirent même sur des migrants qui essaient de s’échapper « Nous sommes horrifiés par ce que nous avons vu ! Une demande de libération des migrants a été faite mais n’a jamais abouti. L’UNHCR explique que les sommes allouées à la rétention des migrants ne servent qu’a renforcer la politique répressive.

Frontex, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, dont le rôle officiel est d’aider les pays de l’UE et de l’espace Schengen à gérer les frontières extérieures de l’Union et à lutter contre la criminalité transfrontière. Son Budget est passé de 6 millions € en 2005 à 845 millions d’euros en 2023. Certaines controverses entachent fortement Frontex : le refoulement et le non-respect des demandeurs d’asile qui peut être considéré comme une violation de la législation européenne en matière de droits de l’homme, et surtout comme une violation de la Convention de Genève de 1951, qui se place comme force de loi en matière de politique migratoire européenne, il y a aussi le manque de transparence en matière de données personnelles.

En Italie Giorgia Meloni a utilisé l’outil législatif en promulguant le "décret Piantedosi" du nom du ministre de l'Intérieur, entré en vigueur en décembre 2022.

Devenue la bête noire des ONG, la loi a introduit toute une série de nouvelles mesures pour régir les activités des navires humanitaires en Méditerranée. Elle oblige par exemple les ONG à se rendre "sans délai" au port de débarquement assigné par les autorités italiennes juste après un premier sauvetage. Impossible donc pour les bateaux de procéder à une autre opération de secours - sauf accord exceptionnel de Rome. En cas de désobéissance, les navires humanitaires font face à des risques d’amendes et immobilisations de leur bateau.

Il existe les accords entre les pays de refoulements de personne, par exemple France reçoit du royaume uni 72.2 millions €, en contrepartie elle doit lutter et s’équiper (force de l’ordre, drones) pour empêcher les migrants de traverser la Manche. Le résultat de ces politiques c’est 26000 traversées sur des embarcations de fortunes (taux de remplissage des bateaux avant de 11 personnes maintenant de 53). Pour ces traversées on compte 64 décès depuis le début de l’année qui auraient pu être évitées et pour la méditerranée au 12 novembre au moins 1350 décès

En France en 2020, 24000 personnes ont été renvoyés en Italie dont des femmes des enfants. En avril 2024, au terme de deux ans d’instruction, la Défenseure des droits Mme Claire Hédon, dénonce des violations « systématiques » des droits des personnes par les autorités françaises, en particulier des demandeurs d’asile et des mineurs isolés. Des privations de liberté « arbitraires » et « indignes » sont aussi épinglées.

Pour les gens du voyage, le juriste et chercheur William Acker a recensé 1358 aires d’accueil, il met en lumière une population assignée à résidence sur une base ethnique dans des lieux parfois pollués voire hautement toxique. Les lois Besson donne l’obligation de toutes les communes de plus de 5000 habitants à disposer d’une aire ce qui en 2020 n’est respectée que dans 25 départements sur 95. Ce qui à l’origine, ces lois devait être un système de vivre ensemble, et s’est transformé en un système de gestion de l’humain et de mise à l’écart.

51 % des aires sont à proximité de déchèteries, de stations d’épurations, d’autoroutes, 70 % sont très isolées. Il y a un caractère non pas systématique, car certaines aires sont bien localisées, mais systémique, dans le sens où le mécanisme de décision publique aboutit à des localisations éloignées et proches des nuisances environnementales.

En conclusion, c’est beaucoup d’argent qui est investi dans des politiques migratoires qui ne respectent pas les droits énoncés dans la déclaration universelle des droits de l’homme.

Au Honduras. Quittons l'hexagone et ses défenseurs des droits des migrants. (cliquez)

Et allons, grâce à une de nos associations, dans un village du Honduras en Amérique du SUD ; non pas faire du tourisme en avion mais juste par une pensée et une action très solidaires pour des défenseurs.

Nous sommes dans un parc national, le parc Carlos Escaleras. Les habitants de la municipalité de Tocoa apprécient cette région et en particulier l'eau propre des sources et des rivières Guapinol et San Pedro qui leur permet de vivre . Mais un permis d'exploitation a été délivré à une entreprise minière dont la légalité est contestable dans cette zone protégée.

Ces habitants sont devenus des défenseurs de leur environnement, sans violences, s'appuyant sur le droit, mais sans soutien de l'Etat. Tracasseries, procès et emprisonnements injustes se succèdent  . Mais surtout, en 2023, 3 militants ont été assassinés ; et cette année, le 14 septembre Juan Lopez,un des défenseurs du fleuve Guapinol a été assassiné . Les coupables tardent à être identifiés.

Ces sages habitants attachés à leur environnement, devront-ils un jour rejoindre les cohortes des réfugiés environnementaux ; pour aller où ?

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Les instances de l'ONU et les associations qui enquêtent sur les défenseurs, de par le monde, s'accordent sur un constat désolant : Ces militants non-violents sont soumis de manière croissante à des intimidations et à des représailles. Ils sont victimes d'enlèvements, de disparitions forcées, d'arrestations et détentions arbitraires, d' actes de torture, de mauvais traitements et même d' assassinats . 196 d'entre eux en 2023 ont été tués dans le cadre de la défense de l'environnement surtout en Amérique du Sud.

Face à ces constats, que pouvons-nous faire ? Beaucoup. Agir en amont sur les causes et agir en France pour permettre aux migrants de vivre dignement et de ne plus être réduits à de simples statistiques. (cliquez)

En amont ? en soutenant ceux qui luttent pour préserver l’environnement, en réclamant l’annulation sans conditions de la dette des pays pauvres ainsi que le paiement de dettes écologiques en réparation des exploitations et du rejet des déchets par les pays dits développés.

En Europe en luttant contre les préjugés, y compris les nôtres, et la xénophobie, en exigeant que le budget alloué à la répression et à l’externalisation des politiques migratoires soit donné pour un accueil digne, en dénonçant comme SOS Méditerranée l’action des garde-côtes libyens et tunisiens au service de l’Union européenne et inspirons-nous des différentes initiatives de par le monde où sont impliquées les autorités locales afin de promouvoir un autre modèle de société.

Au Brésil par ex, à Sao Paulo, la municipalité a développé depuis 2012 une politique reposant sur la citoyenneté et l’intégration des migrants avec quatre axes de travail :

  • L’assistance sociale
  • Les besoins de formation liés au travail
  • La valorisation des migrants
  • Et leur participation à la vie citoyenne

Un conseil municipal des migrants a été créé, puis un conseil national qui leur a donné visibilité et confiance, a légitimé leur présence et a mis en place une législation garantissant leur accès aux services publics et aux droits sociaux quelle que soit leur situation administrative< ;

Et en France ?

La ville qui vient tout de suite à l’esprit est Briançon et son refuge solidaire qui garantissait un accueil inconditionnel à tous ceux qui arrivaient d’Italie en passant de nuit des cols à plus de 1800 mètres. Mais depuis les dernières élections municipales de 2020 l’accueil s’est dégradé, avec non-renouvellement du bail, poursuites en justice…

En 2015 à Grande Synthe près de Dunkerque, une « jungle » de migrants venus surtout d’Irak s’est installée dans les bois. Les conditions de survie sont épouvantables. Le maire, Damien Carême, n’obtenant rien du gouvernement pour une solution digne afin d’accueillir ces personnes, fait construire, financé par sa propre commune et avec la collaboration de Médecins sans frontières, un camp humanitaire.

Dans la foulée il fonde l’Avinta, l’Association Nationale des Villes et Territoires accueillants, qui œuvre pour des politiques d’accueil inconditionnelles et pour l’hospitalité sur leur territoire.

Villeurbanne en fait partie depuis 2019 et est un exemple emblématique de ces communes qui mettent en œuvre des initiatives concrètes pour mieux accueillir, avec une carte de citoyenneté locale qui permet à tous ceux qui vivent sur leur territoire d’avoir les mêmes droits.

Aujourd’hui cette association regroupe plus de 80 collectivités territoriales. La ville de Périgueux en est adhérente depuis 2022.

Pourquoi pas la ville de Brive ? avec l’aide des nombreuses associations corréziennes qui assurent la solidarité dans tous ses aspects (hébergement, cours de français, parrainages), car cette mobilité internationale, quel qu’en soit le motif, ne s’arrêtera pas, on n’arrête pas les désespérés avec des murs et des armes. II s’agit donc d’y répondre le plus efficacement et le plus humainement possible.

Parmi de belles initiatives, l'association Front Line Defenders construit sur internet un Mémorial des défenseurs, un projet unique de portée mondiale : Commémorer des personnes tuées pour avoir défendu les droits humains .Notre modeste cérémonie ne rejoint-elle pas ce grand projet ?

Dépôt de gerbe devant la stèle de la déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948

Ce soir, comme tous les 10 décembre, nous déposerons une gerbe et nous respecterons une minute de silence pour les défenseurs non violents du monde entier et en particulier ceux qui sont morts en 2024 .

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