Hervé Coves : Saint François, Zadiste du moyen âge

Que reste-t-il quand tout semble s’effondrer ? Pour Hervé Coves, une chose essentielle demeure : la vie elle-même. À Sainte-Fortunade, lors du week-end « Ça crée le Vivant, Sacrée la Vie », l’agronome et franciscain a livré une conférence profondément personnelle, mêlant écologie, agriculture, spiritualité, effondrement, maladie, joie et interdépendance.

Samedi 5 septembre 2026, la salle polyvalente de Sainte-Fortunade accueillait l’une des rencontres du week-end « Ça crée le Vivant, Sacrée la Vie », porté notamment par Les Amis du Jardin Saint-Martial, Sel de Terre, Le Petit Levain, la Schola Cantorum, la Compagnie 36 du Mois, le Secours populaire, l’OCCE, Hervé Coves, Éric Bidot et de nombreux autres participants.

Et Hervé Coves commence presque là où on ne l’attend pas.

Alors que notre époque accumule les incendies, les catastrophes écologiques, les conflits et les motifs de découragement, il affirme :

« La vie est belle. »

Non pas comme une formule naïve destinée à nier les catastrophes, mais comme le résultat d’une observation : après l’incendie, quelque chose repousse. Des graines germent. Des fleurs apparaissent. Le vivant recommence.

De l’agronomie au doute

Hervé Coves revient longuement sur son propre parcours.

Ingénieur agronome, il raconte avoir cru à une agriculture capable de produire toujours davantage, notamment pour rendre l'alimentation accessible. Puis certains choix techniques et la crise de la « vache folle » viennent profondément ébranler ses certitudes.

Il décrit le sentiment de participer à un système agricole qui avait fini par traiter le vivant comme une mécanique : uniformiser, contrôler, supprimer ce qui dépasse, combattre les « mauvaises herbes », rechercher toujours davantage de rendement.

Cette rupture ouvre chez lui une période de doute, puis de recherche : produire autrement, avec moins de pesticides et d’engrais chimiques, comprendre davantage les équilibres écologiques. Mais même la recherche scientifique finit par lui sembler insuffisante lorsque les connaissances accumulées ne provoquent pas automatiquement les changements attendus.

« Arrête-toi, regarde comme la vie est belle »

Un voyage en Amazonie devient alors l’un des tournants de son récit.

Dans la forêt, Hervé Coves raconte avoir commencé à percevoir autrement les libellules, les singes, les oiseaux, puis les arbres.

Lui qui avait longtemps travaillé contre certains mécanismes de la nature pour protéger les cultures découvre progressivement une autre relation au vivant.

Et ce qu’il entend symboliquement autour de lui est à l’opposé du discours de catastrophe permanente :

« Arrête-toi, regarde comme la vie est belle. »

Cette expérience bouleverse sa manière de regarder le monde.

Saint François comme compagnon de route

Une grande partie de la conférence prend alors la forme d'un dialogue entre le parcours d'Hervé Coves et celui de François d'Assise.

Hervé Coves est lui-même engagé dans l'ordre franciscain séculier.

Dans la figure de François, il retrouve un jeune homme issu d'un milieu favorisé, attiré d'abord par la réussite, le prestige et la guerre, puis profondément transformé par l'échec, la pauvreté et la rencontre des autres.

Il raconte François renonçant progressivement aux signes de richesse, reconstruisant une petite chapelle avec ce qu'il trouve et, surtout, appelant les autres à venir l'aider.

Cette image devient une métaphore de l'action collective.

On ne reconstruit pas le monde parce qu'on possède seul la solution. On commence par reconnaître ce que l'on ne sait pas faire et par laisser une place aux autres.

Faire de notre faiblesse une force commune

C'est peut-être l'un des passages les plus puissants de la conférence.

Notre société valorise volontiers les meilleurs, les plus forts, les plus performants. Hervé Coves propose presque exactement l'inverse.

Le vivant, rappelle-t-il, fonctionne parce qu'une multitude d'êtres accomplissent chacun de minuscules tâches.

Aucun ne fait tout.

Reconnaître sa propre faiblesse revient donc à créer un espace dans lequel les autres peuvent entrer.

J'ai besoin de toi, de toi, de toi. J'ai besoin du soleil, de la lune, d'une fleur, d'une goutte de rosée. J'ai besoin de nous tous.

Pour lui, cette vulnérabilité assumée est précisément l'une des conditions de l'amour et de la coopération.

Militer sans perdre la joie

Cette réflexion conduit Hervé Coves à interroger aussi nos façons de défendre l'écologie.

Que devient l'engagement lorsqu'il est entièrement nourri par la peur, la colère et l'angoisse ?

On peut finir par s'épuiser, se fermer aux autres et ne plus voir que ce qui disparaît.

La communauté qui se construit autour de François lui inspire une autre possibilité : faire ensemble de petites choses, imparfaites, et retrouver dans cette action commune une forme de joie.

Agir non seulement contre ce qui détruit, mais pour ce que l'on aime.

Le propos rejoint alors directement nombre d'expériences associatives, écologiques et citoyennes que nous croisons en Corrèze : personne ne sauvera seul le vivant, un territoire ou une communauté. Mais les relations que nous créons peuvent déjà transformer profondément nos manières d'habiter le monde.

Être humain, c'est apprendre à aimer

Hervé Coves pousse encore plus loin son interrogation.

Que signifie « être humain » ?

Travailler, produire, gagner de l'argent, consommer et gérer un compte bancaire ?

Selon lui, tout cela ne devrait rester que des outils.

« Être humain, c'est d'abord apprendre à aimer. »

Cette capacité à rencontrer l'autre traverse aussi son récit de François d'Assise allant à la rencontre du sultan durant les croisades.

Celui qui était parti dans sa jeunesse avec le rêve de devenir chevalier découvre finalement, dans la rencontre de celui que son époque lui présentait comme un adversaire, un homme dont il peut admirer la foi et avec lequel un lien devient possible.

Faire de la place à l'altérité devient ici une autre forme de résistance aux murs et aux enfermements.

Quand la maladie remet le corps au centre

La conférence devient ensuite beaucoup plus intime.

Hervé Coves raconte la maladie, la paralysie, la dépendance et les années nécessaires pour retrouver ses capacités physiques.

Lorsque les gestes les plus simples deviennent impossibles, la présence des autres prend une dimension immense.

Des proches, parfois même des personnes peu connues, l'aident dans les gestes quotidiens et l'accompagnent lorsqu'il n'est plus lui-même capable de croire au message qu'il répétait aux autres.

La vie est belle.

Dans cette période de grande fragilité, il expérimente de manière très concrète ce que signifie dépendre des autres.

Puis il raconte les nuits passées dehors, directement sur la terre.
Le lever du jour observé depuis le sol.
La lumière qui descend progressivement des hauteurs.
Le plaisir presque bouleversant de sentir encore le froid, la douleur, le soleil, la terre sous son corps. Et la gratitude pour ses pieds, ses mains, ses yeux, ses oreilles, sa bouche : pour tout ce qui permet simplement d'être au monde.

Le rossignol qui change le jardin

La conférence s'achève sur une histoire merveilleusement concrète.

Pendant des années, Hervé Coves plante dans son jardin une grande diversité de fleurs et d'arbres fruitiers.

Puis un jour, un rossignol arrive.
L'oiseau s'installe au-dessus de lui et chante.
Hervé lui répond.
Le rossignol répond à son tour.
La conversation se poursuit une bonne partie de la nuit.
Mais derrière cette rencontre presque poétique apparaît aussi l'agronome.

Un oiseau migrateur transporte avec lui tout un univers invisible : micro-organismes, bactéries, champignons et matières biologiques circulent avec les animaux et participent à la dynamique des écosystèmes.

Le vivant ne fonctionne pas comme une addition d'espèces isolées.

Il circule. Il échange. Il se transforme.

Et Hervé Coves conclut que le rossignol a métamorphosé son jardin autant que son jardin l'a métamorphosé lui-même.

« Je vous aime, mais j'ai besoin de vous »

Au bout de cette conférence, il reste finalement moins une méthode qu'une manière de regarder.

Nous n'avons peut-être pas besoin d'attendre d'être assez puissants, assez nombreux ou assez compétents pour agir.

Nous pouvons commencer là où nous sommes.

Planter.
Accueillir.
Créer un lien.
Demander de l'aide.
Observer.
Prendre soin.
Faire une petite chose que quelqu'un d'autre complétera.

Et retrouver dans cette interdépendance quelque chose que nos sociétés individualistes nous font parfois oublier : nous avons besoin les uns des autres.

La conférence se termine ainsi :

« La vie est belle et on n'a pas besoin de beaucoup plus que ça pour reconstruire un monde meilleur, plein d'amour et de joie. Je vous aime, mais j'ai besoin de vous. »

🎥 Retrouvez ci-dessus la conférence intégrale d'Hervé Coves, enregistrée le samedi 5 septembre 2026 à Sainte-Fortunade.

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