AGRIVOLT19, le collectif corrézien face aux projets d’agrivoltaisme

Photovoltaïque au sol : comment la Corrèze et le Lot organisent la résistance

Dans un entretien croisé que nous publions aujourd'hui, Philippe Revel (Confédération Paysanne, Agrivolt19) et Caroline Erhardt (Stop Agrivoltaïque Cressensac, RRAL) racontent la montée en puissance d'un réseau interdépartemental face à la multiplication des projets de centrales photovoltaïques sur sols vivants.

Cressensac-Sarrazac et Noailles ne sont séparés que par une frontière départementale. C'est cette proximité géographique, et la ressemblance des projets qu'ils combattaient chacun de leur côté, qui a poussé Caroline Erhardt (Lot) et Philippe Revel (Corrèze) à croiser leurs forces. Aujourd'hui, cette synergie de voisinage s'est structurée en réseau : Agrivolt19 en Corrèze, le RRAL (Réseau des Résistances Alternatives Lotoises) dans le Lot, avec des liens actifs vers le Lot-et-Garonne, le Tarn-et-Garonne et le Gers — et, au niveau national, la Coordination Photorévoltée.

En Corrèze, un moment charnière

Philippe Revel ne cache pas que le département entre dans une phase critique. Longtemps relativement épargnée, la Corrèze voit les dossiers se multiplier dans les CDPNAF (commissions départementales de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers). Le collectif Agrivolt 19 peut déjà compter des résultats : le projet de Noailles a été abandonné, celui de Viam est retardé. Mais d'autres arrivent, et pas des moindres. À Darnet, près d'Egletons, un projet antérieur à la loi APER revient par la voie contentieuse après une décision forcée du tribunal administratif. À Eygurande, 133 hectares sont dans la balance. Sur le plateau de Millevaches et les territoires gérés par le PNR, une cinquantaine de projets seraient dans les tuyaux.

« Les énergéticiens détestent que ça fasse du bruit », rapporte Philippe Revel de ses échanges avec des acteurs de l'administration. Là où la résistance s'organise et se rend visible, les développeurs finissent souvent par se retirer. Encore faut-il que cette résistance existe : « Si un territoire a un problème, il doit créer son collectif. Moi j'apporte ce que je sais, mais il est hors de question qu'on se substitue aux gens. »

Un argument juridique que même les préfectures ignoraient

L'un des points forts de l'entretien concerne un angle juridique peu connu : la loi interdit aujourd'hui de conclure un bail rural sous des panneaux photovoltaïques. Une proposition de loi déposée en février 2025 pour modifier cette situation n'a jamais été discutée à l'Assemblée nationale. Pour un agriculteur, la conséquence est directe : accepter des panneaux, c'est perdre la protection du statut du fermage. Philippe Revel raconte avoir dû l'apprendre lui-même aux services préfectoraux de Corrèze, qui l'ignoraient.

141 projets dans le Lot, et la question de l'usure

Côté lotois, Caroline Erhardt décrit un département où 141 projets sont actuellement recensés — en instruction, autorisés, en fonctionnement ou en étude. Le cas emblématique est celui de Moncuq : 66 hectares, un premier préfet avait refusé le permis de construire, le suivant l'a accordé. Les développeurs reviennent à la charge, adossés à des équipes juridiques que les collectifs citoyens, financés par des cagnottes, peinent à égaler. Mais les failles existent dans les dossiers, et les enquêtes publiques restent un levier. Récemment dans le Gers, un projet a été définitivement refusé par le Conseil d'État après avoir été autorisé en appel.

Les deux interviewés rappellent que cette lutte dépasse la question locale. Derrière l'agrivoltaïsme, ce sont un modèle agricole productiviste, la souveraineté alimentaire et l'avenir de l'agriculture paysanne qui se jouent. Quand le revenu photovoltaïque est cinquante fois supérieur au revenu agricole, l'incitation à cesser de produire devient structurelle.

➡️ Entretien vidéo avec Caroline Erhardt et Philippe Revel

12 au 14 juin à Cajarc dans le Lot : festival du Printemps Photorévolté

Les 12, 13 et 14 juin, le premier festival national Photorévolté se tiendra à Cajarc (Lot). Philippe Revel y interviendra dans le débat citoyen « Énergie : la démocratie en question ».

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