Dans le nord du Lot, un collectif citoyen se lève contre des projets de méga-centrales photovoltaïques qui menacent terres agricoles, paysages et biodiversité.
A Cressensac-Sarrazac, le collectif STOP AGROVOLTAÏQUE CRESSENSAC dénonce plusieurs projets de parcs photovoltaïques sur sols naturels dans la commune qui en possède déjà un de 23 ha en service depuis 2014. Derrière la promesse d’une transition énergétique se profile une nouvelle forme d’accaparement des terres au profit de l’industrie solaire et au détriment du vivant.
Un projet n'arrive jamais seul
Au printemps, quelques riverains s'inquiètent d'un projet d'installation agrivoltaïque de 16 hectares, porté par l'industriel allemand EnergieKontor, qui se profile près de chez eux. Ils commencent à s'organiser en collectif. Alors qu'ils poursuivent des investigations sur ce projet, c'est la surprise ! Ils en découvrent 3 autres sur la commune dont deux gigantesques.
Le premier projet s'étend sur une superficie d'environ 100 ha, sécurisés par une promesse de bail entre un industriel porteur de projet (non identifié à ce jour) et plusieurs agriculteurs. Cette future installation agrivoltaïque devrait s'étendre sur un élevage bovin.
Un deuxième projet s'étend sur une zone de 45 ha au sud de l'aéroport Brive-Vallée de la Dordogne. Elle vient justement d'être classée en zone Ner (zone naturelle définie pour accueillir la production d'énergie renouvelable) par le nouveau PLUIH. Ces terres naturelles appartiennent au Syndicat mixte de l'aéroport qui souhaite les industrialiser en installant un parc photovoltaïque. Suite à un appel à manifestation d'intérêt, un comité de sélection de l'opérateur d'énergie est formé, et le collectif citoyen apprend que le maire de Cressensac en fait partie.
Ces deux projets de méga-centrale s'ajoutent à projet de parc photovoltaïque de 0,8 ha porté par Solarvia, une filiale de Vinci, sur un délaissé autoroutier au bord de l'A20.
Que dit la mairie de Cressensac ?
Le maire, Habib Fenni, interpellé par les membres du collectif citoyen, n'a pas souhaité communiquer sur le sujet prétextant que la mairie n'est pas concernée car ce sont des projets privés et que la compétence en matière d'urbanisme revient à la communauté de commune. Cependant, il avait étroitement collaborée avec la société Photosol (propriété du groupe pétrolier Rubis dont Dassault et Bolloré sont actionnaires), pour la création de la centrale de Sarrazac dont il était maire avant la fusion des deux communes. La situation était identique : un contrat passé entre un industriel de l'énergie et des agriculteurs propriétaires des terres.
Concernant le projets de 45 ha au sud de l'aéroport, le collectif découvre aussi que suite à un appel à manifestation d'intérêt, le syndicat mixte qui gère l'aéroport a formé en janvier 2025 un comité de sélection de l'opérateur d'énergie dont Monsieur Habib Fenni fait partie.

L'agriculture paysanne mise à mal
L'agrivoltaïsme, cette nouvelle branche de l'agro-industrie a été portée par la loi d'accélération de la production d'énergie renouvelable (APER), loi qui a ouvert la porte aux intérêts privés de l'industrie solaire au détriment de l'intérêt général. Le collectif dénonce ces projets car il y voit non seulement une menace contre la biodiversité et le cadre de vie mais aussi contre l'autonomie des paysans. Les contrats alléchants en terme de revenus pour les agriculteurs donnent en fait tout pouvoir aux opérateurs d'énergie (dépendance sur les cultures, sur les choix de production, quasi impossibilité de sortir du contrat…). Le prix des loyers entraîne également une hausse du foncier agricole qui rend inaccessible les terres aux jeunes agriculteurs qui souhaitent s'installer. Quant aux collectivités en perte de moyens, elles soutiennent souvent ces projets car les énergéticiens leur garantissent une rente annuelle.
Respect du vivant et de la terre nourricière
Le collectif Stop Agrivoltaïque Cressensac défend le maintien des terres agricoles au service d'une agriculture nourricière respectueuse du vivant. Il considère que la terre est un bien commun et qu'un titre de propriété engage une responsabilité, celle d'en prendre soin pour les générations futures. Selon les recherches de l'Office Français de la Biodiversité (OFD): "la création d’un microclimat sous les panneaux en phase d’exploitation a des incidences sur les propriétés des sols. Elles peuvent affecter plusieurs de leurs fonctions écologiques, notamment leur capacité à stocker et à infiltrer l’eau, à héberger de la biodiversité et à séquestrer du carbone".
Le collectif citoyen rappelle les préconisations du Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) qui affirme qu'il n’est pas nécessaire de raser des forêts, d’artificialiser des prairies ou de détruire des zones humides pour implanter des centrales photovoltaïques. Ce qui est confirmé par l'ADEME puisque celle-ci a recensé un potentiel d'installations photovoltaïques sur des surfaces artificialisées (toitures, parkings, zones d'activité, friches industrielles…) quatre fois supérieur aux objectifs que se fixe l'Etat français pour 2050.
D'ailleurs, cette transition n'a en réalité rien d'écologique car l'essentiel de la production de panneaux est réalisée en Chine à partir d'énergies carbonées (le passage du quartz au silicium monocristallin, constitutif de 40% des panneaux, entraîne la consommation de 11 192,5 Kwh /tonne de produit fini). En réalité, il ne semble pas y avoir d'autre impératif écologique et solidaire que de réduire notre consommation énergétique et d’œuvrer pour la sobriété.
Des paroles de bon sens
Le collectif Stop Agrivoltaïque Cressensac poursuit son porte-à-porte auprès de la population cressensacoise pour l'informer sur les projets en cours. Les habitants rencontrés ont été surpris de découvrir ces projets et ont exprimé leurs inquiétudes face au sombre tableau. Les membres du collectif ont recueilli beaucoup de propos de bon sens comme ceux-ci: "Nous sommes traversés par l'autoroute A20 et nous avons l'aéroport, avec la multiplication des centrales photovoltaïques notre commune va devenir un territoire sacrifié !" ou encore "A la campagne, on n'a plus de médecin, plus de service publique alors si en plus on nous détruit notre cadre de vie, nos paysages, qu'est-ce qu'il va nous rester ?".
Ils ont aussi recueilli : "On a déjà la centrale de Sarrazac. Ça suffit ! En ville, on ré-végétalise pour faire baisser la température et ici on industrialise les terres contre le réchauffement climatique, le monde marche sur la tête !" et enfin "Cette électricité produite, elle est pas consommée ici, elle part dans le réseau et elle profite aux grandes villes très consommatrices. Elles s'éclairent sur le dos de nos campagnes qui semblent ne pas avoir beaucoup de valeur aux yeux de l'État et des industriels". Ce porte-à-porte a été l'occasion pour beaucoup de gens de rejoindre le collectif.
Un collectif citoyen en action
Pour faire connaître sa lutte, le collectif a participé à la tenue de stands lors de plusieurs événements en Corrèze et dans le Lot pendant l'été (Fête des agités à l'Oasis des âges, festival Ecaussystème, La Fête Locale sans Total à Cénevières en soutien à l'AELC).
Le collectif Stop Agrivoltaïque Cressensac a rejoint le Réseau des Résistances et Alternatives Lotoises (RRAL) constitué d’associations et de collectifs indépendants qui s'opposent aux projets délétères dans le Lot et cherchent à construire un futur désirable. Le réseau impulse une dynamique d'entraide et de solidarité entre les groupes répartis à travers tout le département.
Stop Agrivoltaïque Cressensac développe aussi son site web en partenariat avec l'association Citoyliens que la plateforme héberge. Ce site doit permettre au collectif d'informer sur l'évolution des projets auxquels il s'oppose, de communiquer sur ses actions à venir mais également de mettre à disposition des documents ressources sur les effets néfastes du photovoltaïque sur sols naturels. Autant d'initiatives qui ont permis de faire grossir les rangs du collectif citoyen de Cressensac, fier de compter à ce jour plus de 250 membres sympathisants.
Site web officiel Stop-Agrivolt-Cressensac.fr
( partenaire de Citoyliens )
À VENIR
- Le collectif Stop Agrivoltaïque Cressensac est partenaire de la projection en avant-première du film "Le Vivant qui se défend" de Vincent Verzat qui sera diffusé le 9 septembre au cinéma REX de Brive et le 16 septembre au VEO de Tulle à 20h. Il interviendra après la projection lors des échanges ave le public.
- En partenariat avec ATTAC 46, le collectif organise également une projection du film au cinéma Le Paris de Souillac le 17 octobre.
- Le collectif citoyen proposera une RÉUNION PUBLIQUE D'INFORMATION suivie d'un débat démocratique sur les projets de centrales photovoltaïques au sol sur la commune, le 11 octobre à 11 h à la salle des fêtes de Cressensac.
info@stop-agrivolt-cressensac.fr
www.stop-agrivolt-cressensac.fr

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