L’association Nuage Vert a récemment présenté une exposition immersive retraçant l’histoire des barrages en Corrèze, en collaboration avec des experts et passionnés tels que Laurent Gervereau, Pierre-Antoine Monediere, Jean-Marc Chirier et Jean-François Beaud. Cet événement a mis en lumière des documents rares, des photographies inédites et des anecdotes fascinantes sur ces ouvrages emblématiques qui ont façonné le paysage et l’économie locale.
Des archives inédites et des témoignages précieux
Parmi les trésors exposés figuraient des clichés historiques des barrages de Chastang et de l’Aigle, récemment redécouverts grâce à un collectionneur local. Ces images, probablement prises dans les années 50-60, offrent un regard unique sur les chantiers pharaoniques de l’après-guerre, marqués par le plan Marshall et la volonté de reconstruire une France moderne.
L’exposition a également révélé une revue clandestine de la Résistance, liée au barrage de l’Aigle, ainsi qu’un dessin de Pinchon, célèbre illustrateur de Bécassine, représentant la vallée de la Dordogne. Ces pièces fragiles, témoins d’une époque révolue, rappellent le lien entre histoire nationale et mémoire locale.
Cinéma, littérature et barrages : une mythologie populaire
Le barrage, symbole de progrès mais aussi de controverses, a inspiré de nombreuses œuvres culturelles. L’exposition présentait des affiches de films cultes comme La Meilleure Part (1956) avec Gérard Philippe, ou Barrage contre le Pacifique de René Clément, adapté du roman de Marguerite Duras. Ces œuvres reflètent l’impact des barrages dans l’imaginaire collectif, entre glorification du génie humain et critiques sociales.
Un focus a été consacré aux "villages engloutis", avec des cartes postales et des estampes de Tanguy Crovisier, artiste corrézien, évoquant les paysages disparus sous les eaux. Les récits des habitants déplacés, comme ceux du barrage de Bort-les-Orgues, ont aussi été mis en avant, soulignant les tensions entre modernisation et préservation du patrimoine.
Innovations techniques et héritage industriel
Les barrages corréziens ont servi de laboratoire pour des innovations majeures, comme la turbine bulbe testée à Argentat avant d’être utilisée à l’usine marémotrice de la Rance. Les récits des ouvriers – parfois contraints de reconstruire leurs fermes avec les matériaux des chantiers – ont illustré la dimension humaine de ces mégaprojets.
L’exposition s’est close avec une pièce unique : une carotte géante du barrage de l’Aigle, transformée en œuvre d’art et offerte à Nuage Vert. Symbole de la collaboration entre ingénieurs et artisans locaux, elle incarne la persistance de cette histoire dans le paysage corrézien.
En savoir plus :
- 📅 Exposition à revivre en 2 vidéos sur notre chaîne YouTube (lien ci-dessous).
- 📚 Ressources : Les livres La Fleur des âges de Pierre Bergounioux et les archives EDF.
Suite : les barrages en Corrèze : une histoire inachevée et ses héritages
L’exposition de Nuage Vert sur les barrages corréziens se poursuit avec des révélations sur des projets abandonnés, des luttes sociales et des transformations profondes du territoire. Voici les temps forts de cette seconde partie.
Un projet avorté dans les années 1920
Saviez-vous que le premier barrage de la région, prévu dès 1924 à la limite de la Corrèze et du Cantal, n’a jamais vu le jour ? Faute de financements, l’État français a interrompu les travaux en 1926, laissant derrière lui des fondations encore visibles aujourd’hui. Pire : les ouvriers, dont certains étaient indochinois (employés pour les prospections), n’ont jamais été payés. Une association locale travaille désormais avec Nuage Vert pour intégrer ce site à l’itinéraire patrimonial, témoignage poignant des espoirs déçus de l’entre-deux-guerres.
La bataille du train et des routes
Le barrage de Bort-les-Orgues a marqué les esprits par une particularité insolite : le train a continué à circuler pendant presque toute la durée des travaux ! Un tunnel provisoire fut creusé pour préserver la ligne, essentielle pour le transport du bétail vers les foires locales. Cette concession, tout comme les promesses (non tenues) d’une nouvelle voie ferrée vers Ussel, révèle les tensions politiques et les stratégies pour "amadouer" une population méfiante.
Les routes, elles aussi, ont suscité des polémiques. L’actuelle route longeant le lac n’existait pas : les projets initiaux de surélévation (comme près du camping actuel) ont été abandonnés, laissant des tronçons fantômes.
Une mixité culturelle inattendue
Les barrages ont transformé la démographie locale. 3 000 à 5 000 travailleurs étrangers (Italiens, Portugais, etc.) sont venus participer aux chantiers, créant une mixité encore visible aujourd’hui. À l’inverse, de nombreux Corréziens ont profité des compétences acquises pour travailler sur d’autres grands projets en France ou à l’étranger.
Un paradoxe écologique
Si les barrages ont englouti villages et terres agricoles, ils ont aussi façonné un écosystème unique. La vallée de la Dordogne est désormais le plus grand couloir forestier de France (passant de 25 % à 75 % de couvert arboré en un siècle) et une réserve de biosphère reconnue. Un héritage complexe, entre artificialisation et renaturation (inscrite au patrimoine mondial de biosphère par l'UNESCO : https://biosphere-bassin-dordogne.fr/ )
Des dons qui enrichissent la collection
L’exposition a inspiré de nouveaux donateurs : menus d’époque, plans de construction des années 50, ou photos d’inauguration rejoignent les archives de Nuage Vert. Autant de pièces qui alimentent la mémoire collective.
À découvrir en vidéo : la seconde partie de notre documentaire, avec des témoignages exclusifs et des images d’archives !
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