Nathalie Naulet (RAF & Forêts en Vie) : recréer des communs forestiers en Limousin

Réseau pour les Alternatives Forestières - Forêts en Vie - (vidéo en fin d'article)

Dans cet entretien approfondi, Nathalie Naullet, salariée du Réseau pour les Alternatives Forestières (RAF) et coordinatrice du fonds de dotation Forêts en Vie, nous ouvre les portes d’un mouvement citoyen qui agit concrètement pour transformer notre rapport à la forêt.

À travers son expérience de forestière — plus de dix ans à l’ONF — et son engagement actuel, elle décrypte les mutations profondes de la gestion forestière en France, les enjeux du morcellement foncier, et la montée en puissance d’un modèle industriel qui réduit trop souvent la forêt à un simple « champ d’arbres ».

Acquérir la forêt pour la rendre au commun

Forêts en Vie est un fonds de dotation citoyen à but non lucratif. Sa mission : acquérir des parcelles forestières par dons ou donations afin de les mettre à disposition d’associations locales porteuses d’alternatives forestières.

L’objectif est clair :

  • recréer des communs forestiers,
  • relocaliser la filière bois,
  • permettre aux habitants de se réapproprier leur environnement,
  • garantir une gestion écologique et sociale sur le long terme.

En Corrèze, deux forêts ont déjà été acquises et confiées à des associations locales :

  • une forêt mise à disposition d’une école de charpente traditionnelle (avec une attention particulière à la formation des femmes),
  • une autre portée par une association villageoise développant des activités pédagogiques et de sensibilisation.

Ces expériences incarnent une conviction forte : la forêt n’est pas qu’une ressource, elle est un écosystème vivant et un bien commun.

Le morcellement forestier : un défi majeur

La forêt française est privée à 75 % et extrêmement fragmentée : plus de 3,5 millions de propriétaires, dont la majorité possède moins d’un hectare. Ce morcellement rend la gestion collective complexe et renforce la vulnérabilité face aux logiques industrielles.

Forêts en Vie pose donc un cadre clair : les acquisitions sont pensées en lien avec des projets locaux portés par des collectifs constitués. Ce n’est pas la forêt seule qui guide l’action, mais le projet de territoire.

Le bail forestier solidaire et écologique

Parmi les outils développés : le bail forestier solidaire et écologique, accessible à tout propriétaire (public ou privé).

Ce bail permet :

  • de rester propriétaire,
  • de confier la gestion à des porteurs d’alternatives forestières,
  • d’encadrer la gestion par un cahier des clauses environnementales et sociales exigeant.

Respect du sol, préservation des micro-habitats, juste rémunération des intervenants : la forêt est abordée comme un écosystème global, et non comme un simple stock de bois.

Coupes rases, plantations, désinformation

Nathalie Naullet alerte sur une tendance lourde : la généralisation des coupes rases et des plantations monospécifiques présentées comme réponse au changement climatique.

Elle rappelle un point fondamental :
la forêt est d’abord un sol vivant.

Mettre brutalement un sol forestier en pleine lumière, arracher les souches, replanter en monoculture — ce sont des pratiques qui fragilisent profondément l’écosystème. Les taux d’échec des plantations, souvent passés sous silence, en témoignent.

Face à l’incertitude climatique, la seule certitude scientifique solide reste la diversité, facteur clé de résilience.

Carte des alternatives forestières en France

Reconstruire une filière bois locale

L’entretien aborde également la question cruciale des filières courtes. Recréer une économie locale du bois — bûcherons, débardeurs, scieries mobiles, artisans — est possible. Des expériences concrètes, en Limousin comme en Ardèche, montrent qu’une filière à taille humaine peut fonctionner.

La difficulté n’est pas technique : elle est financière et organisationnelle. Il faut du temps pour qu’une filière s’auto-alimente et atteigne une masse critique.

Mais c’est vers cette relocalisation que tend le RAF : faire que le bois d’un territoire serve d’abord à ce territoire.

Une dynamique citoyenne en plein essor

Deux événements ont accéléré la mobilisation :

  • le documentaire Le Temps des forêts de François-Xavier Drouet,
  • et la période du confinement, durant laquelle de nombreuses coupes ont été réalisées à l’abri des regards.

Depuis, les collectifs citoyens se multiplient. Cafés-forêts, ciné-débats, mobilisations locales : une prise de conscience est à l’œuvre.

Pétition en ligne contre les coupes rases

https://agir.greenvoice.fr/petitions/il-faut-une-loi-d-urgence-pour-des-forets-vivantes?partner=reseau-foret-limousine

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