Revue de presse “feux de forêts” (article long)

Lettre hors série de Fabrice Midal

Lettre hors-série, à l'occasion des incendies qui frappent l'Europe

Frappé par la catastrophe qui s’abat sur l'Europe, j’ai décidé d’écrire ces quelques lignes à la place des trois soleils habituels - et d’abord comme une façon de dire à tous ceux qui sont dans la souffrance et l’angoisse que je suis de tout cœur avec eux.

Depuis plusieurs jours, les habitants de la Gironde (et de tous les endroits aujourd'hui touchés par les flammes) vivent avec les yeux tournés vers la forêt.
Les Canadair passent au-dessus des maisons.
Des communes sont évacuées les unes après les autres.
Des familles partent en laissant derrière elles leur maison sans savoir si elles la retrouveront.
Les pins explosent sous l'effet de la résine enflammée, des animaux traversent les routes dans la panique et, en de nombreux endroits, le ciel reste obscurci par la fumée en plein jour. Comme beaucoup d'entre vous, je me surprends à pleurer devant ces images.
Nous pleurons d'abord pour ces femmes, ces hommes, ces enfants brutalement arrachés à leur vie, pour leur désarroi, leur angoisse, pour les pompiers qui luttent sans relâche, pour les animaux pris au piège des flammes.

Une part de nous-mêmes est atteinte

Mais il y a aussi une autre source de souffrance.
Une forêt qui brûle, c’est une part de nous-mêmes qui est atteinte. Une forêt n'est pas un simple décor. Elle est un lieu où nous faisons l'expérience d'une vie qui ne dépend pas de nous.
Les arbres étaient là avant notre naissance ; ils auraient dû nous survivre.
Leur présence silencieuse nous rappelait qu'il existe quelque chose de plus vaste que nos projets, nos urgences et nos écrans.
Lorsqu'une forêt disparaît, ce n'est pas seulement un paysage qui s'efface, c'est une certaine confiance dans la continuité du monde qui vacille.
C'est peut-être cela aussi qui nous bouleverse tant.
Une forêt n'est pas un objet parmi d'autres. Elle est l'une des formes les plus anciennes de la vie.
Elle nous précède, nous accueille, nous survivra peut-être. Ou du moins, nous le croyions.
La voir brûler, c'est voir vaciller cette évidence, et sentir que quelque chose de plus grand que nous est blessé.
Dans cette blessure, nous découvrons que notre cœur ne peut pas rester à distance.

Quand la compassion surgit

Nous nous imaginons souvent séparés du monde vivant. Mais lorsque la forêt souffre, quelque chose souffre en nous parce que nous appartenons, elle et nous, à une même vie.

Voilà ce qu’est la compassion véritable. Elle n’a rien d’un effort moral, elle est une évidence. Elle est cette capacité profondément humaine d'être atteint par une souffrance qui n'est pas la nôtre et de découvrir, à travers nos larmes, que notre cœur est plus vaste que notre personne.

Nous croyons parfois que la compassion est un sentiment exceptionnel, réservé à quelques êtres particulièrement généreux. C'est l'inverse. Elle est ce qu'il y a de plus ordinaire en nous. Si ces incendies nous bouleversent, ce n'est pas seulement parce que nous sommes effrayés ou attristés, c'est parce qu'au plus profond de nous existe un élan irrépressible qui veut protéger la vie lorsqu'elle est menacée.

C’est pourquoi je crois que derrière nos larmes se cache un amour plus ancien que nos idées, plus profond que nos opinions.

La compassion ne consiste donc pas à ajouter un peu de bonté à notre existence. Elle est le moment où disparaît l'illusion que nous sommes des êtres séparés.

Elle nous rappelle que vivre, c'est toujours être exposé à ce qui arrive au monde.

Nous découvrons alors quelque chose d'essentiel : nous ne sommes pas seulement des êtres capables de penser ou de produire, nous sommes des êtres capables d'être atteints par ce qui arrive à plus grand que nous.

Nous passons une grande partie de notre existence à nous protéger, à nous refermer, à réduire le monde à nos préoccupations. Une forêt brûle, et tout cela vole en éclats.

Pendant un instant, nous cessons d'être le centre de notre propre histoire. Nous redevenons simplement des êtres humains.

De tout coeur - Fabrice Midal

Coup de gueule d'un forestier résistant

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Tout d’abord, je voudrais apporter tout mon soutien sans réserve aux anonymes passés sous silence, qui œuvrent jour après jour au péril de leur vie, en combattant ces monstres de feux que nous avons collectivement engendrés et qui n’ont malheureusement guère la possibilité de s’exprimer !

Ce matin, la Dordogne, comme beaucoup d’autres départements je présume, se réveille sous un épais brouillard de cendres et de fumées, accompagné d’une odeur de mort, pour nous rappeler à toutes et tous, à travers ces méga feux pour certains hors de contrôle, qui ont déjà parcourus plus de 45 000 hectares à travers l’hexagone, notre responsabilité individuelle et/ou collective, concernant le changement ou le dérèglement climatique. Des phénomènes que certains ne manqueront pas de qualifier « d’exceptionnels », histoire de se déculpabiliser et de rester fidèle à l’adage selon lequel les responsables ne sont pas les coupables ! Des incendies qui brulent vifs des milliers, voire des millions d’êtres vivants parmi la faune et la flore et dont personnes ne dit mot, ce qui nous éclaire sur le regard sélectif que portent nos élites sur le vivant ! Des phénomènes climatiques qui vont, sans aucun doute possible, se banaliser pour devenir la norme, car en réalité ils ne sont rien d’autres que la réponse d’une nature meurtrie, face aux agressions et aux comportements irraisonnés et irresponsables que nous lui infligeons, pour mener à bien une politique ultra libérale qui nous est dictée par le seul profit à court terme. Une idéologie qui ne voit dans la nature qu’une ressource minière et qui considère nos forêts comme de simples usines à fabriquer du bois et nos arbres comme de vulgaires planches à billets, occultant de fait ses rôles environnementaux, sociaux et sociétaux. Ne perdons pas de vue que les Eaux et les forêts sont nos deux compagnes vie, sans elles que serions-nous ?

Les terres agricoles et les forêts, principales composantes de nos espaces naturels, sont les premières à faire les frais de nos mauvais choix politiques en termes d’aménagement du territoire et de gestion des espaces, car sous emprise des lobbies productivistes agricoles et forestiers, mais aussi des élus qui ont pris la compétence en matière d’urbanisme et d’aménagement !

• Que penser de ces coupes à blanc réalisées dans des peuplements feuillus. Sinon qu’elles sont faites pour alimenter en matière première une filière bois énergie, et qu’ensuite ces parcelles nues sont reboisées en monocultures résineuses ? Actuellement en Aquitaine plus de 80% des reboisements subventionnés, sont effectués en résineux et principalement en pins maritime ! A qui le système profite-t-il ?

• Que penser des services de l’Etat qui, dans certains départements comme la Dordogne, refusent catégoriquement d’abaisser le seuil d’autorisation des coupes de 4 à 1 hectare (notamment pour les peuplements feuillus) alors que cela permettrait de mieux les réglementer et donc de mieux les gérer ? Le rôle de l’Etat, dans une démocratie, n’est-il pas de protéger les plus faibles ?

• Que penser de cette volonté de construire en milieu naturel et notamment en forêt, au mépris des règles élémentaires de sécurité comme l’obligations de débroussaillement ou de la réglementation en matière de défrichement comme l’autorisation préalable obligatoire pour l’obtention des permis de construire ? Il ne suffit pas de les annoncer, encore faut-il les appliquer !

• Que penser des remembrements forestiers et des créations de réseaux DFCI, présentés comme une avancé sécuritaire, quand on sait qu’en forêts privées, ils servent principalement les intérêts de la filière, en regroupant les parcelles, en ouvrant les massifs et en permettant une meilleure accessibilité aux engins au plus profond des bois ?

Autant d’exemples parmi tant d’autres qui montrent la complexité du problème et cette envie de dérèglementer ou de détricoter les acquis afin de satisfaire aux demandes d’une minorité au service de l’intérêt privé et ce au détriment de l’intérêt général et du bien commun. Un lien de causalité selon lequel tout évènement a une origine et qui part du principe que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Une politique qui, à n’en pas douter, met gravement en péril l’humanité !

Podcast France Culture

Publication d'origine

Près de 98 000 hectares partis en fumée depuis le début de l'année, un niveau inédit : ce week-end, les flammes ont menacé la métropole bordelaise et près de 200 000 personnes ont été évacuées. Des incendies que le changement climatique rend toujours plus violents — et auxquels nos choix collectifs nous ont laissés désarmés : une forêt plantée par l'État, des villes gagnées sur les pins, et des politiques environnementales incapables de tenir la durée, quand tout ici se joue sur le temps long.

Pour en parler, Bérengère Bonte reçoit Philippe Grandcolas, écologue, directeur adjoint scientifique national pour l'écologie et l'environnement au CNRS, auteur de La biodiversité en 30 questions paru en mai à la Documentation française, et Christine Bouisset, géographe, professeure à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour, spécialiste des questions environnementales, territoriales et de gestion des risques d'incendies.

Un dérèglement climatique qui aggrave tous les risques

Le dérèglement climatique transforme profondément le risque d'incendie en France. Philippe Grandcolas rappelle que si "90% des incendies sont causés par des humains incendiaires ou pyromanes", cette réalité ne doit pas occulter le rôle du climat : "sans dérèglement climatique, il y aurait des risques de feux qui seraient infiniment moins forts". Il détaille les effets physiologiques de la canicule sur la végétation : "la colonne d'eau dans le sol, présente sur plusieurs dizaines de centimètres de profondeur, disparaît" jusqu'à créer "des phénomènes de mortalité" des plantes dont le fonctionnement n'est plus "compatible" avec les températures. Il insiste particulièrement sur l'inflammabilité des pins, capables de "se mettre à flamber de la tête au pied en un temps extraordinairement court".

Christine Bouisset pointe la responsabilité de l'établissement humain dans les incendies. Elle explique que l'urbanisation a été "extrêmement forte" entre "Bordeaux et le bassin d'Arcachon", causant une "imbrication" entre les zones habitées et les forêts. Elle rappelle, par ailleurs, que les deux tiers des incendies sont causés par "des activités du quotidien" et dresse le constat que plus les populations sont installées à proximité des forêts, plus il y a de départ de feu.

Un recul des politiques climatiques depuis 20 ans

En écho à un extrait d'archive de 2007 où Jean-Louis Borloo, alors ministre de l'écologie, présentait le Grenelle de l'environnement, Philippe Grandcolas dresse un constat amer : le ministère de la Transition écologique "n'est plus le deuxième ministère" et a été "rétrogradé très loin derrière", ayant perdu certaines de ses compétences comme l'énergie. Il dénonce également des choix politiques récents contraires à la prévention, citant la loi d'urgence agricole qui va "contre les comités de bassin pour la gestion de l'eau". Pour lui, une bonne gouvernance doit être "le compromis et la prévision". Il appelle à gérer la production agricole et énergétique, ainsi que la question de l'habitat en "relation avec l'environnement".

Pour Christine Bouisset, l'absence de planification révèle avant tout un manque de volonté : "Les grandes solutions sont connues. La question est celle de la volonté politique, mais aussi sociale, de les mettre en œuvre." Elle constate qu'en période de catastrophe, notamment lors des incendies, des questions pourtant secondaires finissent par occulter les véritables enjeux de fond. Elle donne l'exemple des Canadair qui ne permettent pas d'agir directement sur notre rapport à l'environnement.

La forêt n’est pas que du bois

Publication d'origine

Incendies, sécheresses, dépérissements, coupes rases : une proposition de loi ouvre une voie salutaire pour sortir du productivisme forestier. Il faut la soutenir, mais aussi prolonger sa logique pour construire une véritable planification écosocialiste de la forêt et du bois.

La forêt française est un bien commun menacé.

Elle l’est par le dérèglement climatique, les sécheresses, les parasites, les tempêtes et des incendies qui gagnent désormais des territoires jusque-là relativement épargnés. Mais elle est aussi fragilisée par un modèle économique qui la réduit trop souvent à un stock de bois, une réserve de biomasse ou un actif financier dont il faudrait accélérer la rentabilité.

Nous lui demandons pourtant de stocker du carbone, de retenir l’eau, de protéger les sols, d’abriter la biodiversité et de fournir des matériaux durables, au moment même où le dérèglement climatique et certaines pratiques industrielles diminuent sa capacité à le faire.

L’été 2026 donne la mesure de l’urgence. Au 23 juillet, environ 46 000 hectares avaient déjà brûlé en France, davantage que durant toute l’année 2025. Près de 5 000 hectares ont été parcourus par les flammes dans les Pyrénées-Orientales, plus de 2 000 à Fontainebleau et 2 400 autour du bassin d’Arcachon, tandis que des dizaines de milliers de personnes étaient évacuées. Le risque ne se limite plus au pourtour méditerranéen : il gagne les montagnes et le bassin parisien.

Un incendie peut naître d’un mégot, d’un engin, de la foudre ou d’un acte criminel. Mais les températures extrêmes, la sécheresse de la végétation, la faiblesse de l’humidité et les vents transforment de plus en plus souvent l’étincelle en catastrophe territoriale.

Une proposition de loi qui rompt avec le productivisme forestier

C’est dans ce contexte qu’a été déposée la "proposition de loi portant modification de la politique forestière pour répondre aux enjeux d’adaptation des forêts au changement climatique."

Ce texte va franchement dans le bon sens.

Il prévoit la création d’un fonds national d’adaptation des forêts au risque d’incendie. Celui-ci financerait les moyens terrestres et aériens, l’équipement des services d’incendie et de secours, mais aussi la prévention : pistes, points d’eau, coupures de combustible, sylvo-pastoralisme, adaptation des peuplements et formation. Face à des feux plus nombreux et plus intenses, il ne suffit pas d’intervenir une fois les flammes parties : il faut préparer les territoires toute l’année.

Le texte fixe aussi l’objectif de développer une sylviculture mélangée préservant la continuité du couvert sur 30 % des forêts en 2030 et 70 % en 2050. Les pratiques favorisant la diversité, le couvert continu et la restauration des peuplements pourraient être rémunérées.

(lire la suite sur le site d'origine)

Le 1er juillet, le Parlement a approuvé la loi de programmation militaire qui dote les armées d’un budget de 436 milliards d'euros pour la période 2024-2030, soit une rallonge de 36 milliards.

Alors que des incendies monstrueux font rage, dopés par la sécheresse et les canicules qu’attise le réchauffement climatique, la France ne peut compter que sur cinq pauvres Canadairs opérationnels, sur les douze qu’elle possède.

C’est une honte. De brasiers en brasiers, où sont l’anticipation, la préparation ? Quels sont ces gouvernements qui, de crise en crise, ne savent jamais rien prévoir, ne connaissent que l’improvisation, les coups de com et les effets d’annonce jamais suivis d’effets ?

Le budget total des SDIS - 6,2 milliards d'euros pour l'ensemble des Services départementaux d'incendie et de secours - est essentiellement supporté par des départements et des communes financièrement lessivés par le désengagement de l’Etat dans tous les domaines. Les effectifs de sapeurs pompiers stagnent, malgré la multiplication des missions héroïquement assumées par des troupes épuisées.

Quant à l’Office national des forêts, dont le rôle est essentiel pour préserver les espaces boisés dans un contexte de désordres climatiques et pour œuvrer à leur adaptation, ses effectifs ont connu une chute vertigineuse, de 12 500 agents au début des années 2000 à environ 8 000 aujourd’hui, avec un budget en forte tension. Au point que même la Cour des comptes s’en alarme : « Les moyens humains de l’établissement apparaissent désormais insuffisants pour répondre aux missions croissantes qui lui sont assignées. »

Le choix d’investir massivement dans la guerre et dans la mort plutôt que dans la préservation du vivant et dans l’adaptation au chaos climatique est irrationnel et criminel.

Renverser l’ordre des priorités est désormais une question de survie.

Entre les années 1990 et 2000 de nombreux chercheurs Américains et Canadiens, mais pas seulement puisque le CNRS et le GIEC ont prédit les grands incendies de forêt 🔥🔥 liées au dérèglement climatique.

Ils ont produit des analyses documentées sur l'évolution de ces catastrophes et comment la ralentir voire l'éviter.

Il y a presque 40 ans !

Ils ont alors remis leurs travaux aux politiques de tous pays.

On connaît la suite...

Mais quel gâchis, quelle irresponsabilité !

La flotte en France de Canadairs spécialisés c'est 12 avions en service. Qui ont 30 ans de moyenne d’âge. Une vétusté qui rend leur disponibilité incertaine.

"Sur les douze Canadair que la France possède, nous n'en avons que cinq disponibles, c'est juste scandaleux", déplore sur franceinfo samedi 25 juillet Grégory Prats, commandant de bord Canadair et chef de noria (nom donné à un groupement de Canadair).

"L'industriel privé qui s'occupe de la maintenance n'arrive pas à suivre le rythme, les pièces détachées n'arrivent pas en temps et en heure" pour réparer les avions Canadair qui ne peuvent pas être actuellement utilisés par les sapeurs-pompiers.

« On a perdu 1 000 camions-citernes contre les feux de forêt en 16 ans »

Interview de Sébastien Delavoux, animateur du collectif CGT des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS).

https://petitions.bloomassociation.org/fr/loi-urgence-climatique

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