Journée festive / procès habitat léger / Désobéissance Fertile

Vidéos de la journée de procès de Désobéissance Fertile

Nous publions ici trois vidéos tournées lors de la journée de soutien au procès de Jonathan Attias et Caroline Pérez (Désobéissance fertile), et l'association d'habitant du "Croissant Fertile", qui s'est tenue au tribunal judiciaire de Limoges ce matin-là.

Vous entendrez d'abord François, qui vit en habitat léger depuis de nombreuses années et qui est lui-même en procès en Corrèze — un compagnon de route de Jonathan et de Caroline. Une vidéo de France 3, tournée à la sortie du procès, complète ces deux témoignages.

Au-delà de l'audience, cette journée a donné lieu à un grand repas partagé, à un petit village associatif avec présentations de plusieurs structures, ainsi qu'à un bal trad, un concert et des moments festifs improvisés, dans le jardin public voisin du tribunal. Plus de deux cents personnes ont participé à ce moment, festif et réussi.

Association HALEM - acteur pivot de la défense de l'habitat éphémère et mobile

Paul, de l'association Halem (habitants de logements éphémères mobiles), était présent lors de la journée festive de soutien aux accusés de Désobéissance Fertile à Limoges ce 1er juillet 2026.

Cette question dépasse largement le territoire Corrèze / Haute-Vienne : c'est celle du droit à vivre autrement, en habitat léger ou mobile, dans un pays où le foncier constructible se raréfie et se valorise.

Halem est né en 2005 dans un camping où vivaient à l'année environ 200 personnes. Très vite, l'association a croisé la route des gens du voyage, confrontés aux mêmes obstacles administratifs, avant qu'un tour de France des collectifs d'habitats légers, en 2008, ne débouche sur une rencontre fondatrice à Saint-Jean-du-Gard. Halem s'est alors retrouvée à l'initiative d'un réseau national de l'habitat léger. Depuis, l'association fonctionne comme une boîte à outils : permanence juridique pour les situations les plus tendues, formations que Paul appelle « d'aïkido juridique », et appui à l'auto-organisation des collectifs locaux.

Un droit du sol pensé comme exclusif

Le cœur de l'argumentaire de Paul tient en une phrase : les droits fondamentaux — droit au logement, liberté d'aller et venir, liberté d'entreprendre — existent, mais l'administration a intérêt à ce qu'ils restent ignorés. En droit de l'urbanisme, tout repose sur le droit du sol, conçu selon lui de façon exclusive : c'est l'élu, et lui seul, qui décide de ce qui peut s'installer sur un terrain. L'habitat léger, qui ne « coupe » pas la terre de la même façon qu'une construction classique, ne trouve pas sa place dans cette grille de lecture.

Cette question, insiste Paul, est aussi économique : il rappelle qu'environ 70 % des actifs bancaires mondiaux reposent sur le foncier et l'immobilier, ce qui explique en partie la résistance à toute forme d'habitat qui échapperait à la logique de valorisation des terrains constructibles — d'autant plus rares depuis l'objectif de zéro artificialisation nette (ZAN).

Une comparaison européenne éclairante

Paul raconte la visite d'un jeune chercheur allemand, venu étudier la culture de la mobilité résidentielle en Europe. Sa conclusion, amusée : la France dispose d'une véritable « culture du maquis », une tradition de débrouille et d'installation informelle qui n'a pas d'équivalent en Allemagne, où les Wagenburg (habitats mobiles collectifs) restent circonscrits aux villes — et de plus en plus menacés par la spéculation sur le foncier urbain.

La loi ALUR et le flou du statut juridique

C'est en 2014, avec la loi ALUR, que l'État a tranché une question restée en suspens : une yourte, ou plus largement un habitat léger, est-elle une tente ou une construction ? Le choix s'est porté sur la construction, obligeant les occupants à des déclarations administratives — sans que la question de l'ingénierie territoriale (comment les communes peuvent-elles réellement accueillir ces formes d'habitat ?) n'ait jamais été traitée sur le fond, selon Paul.

Un engagement né de l'autodidaxie

Juriste autodidacte, Paul a été formé un temps à la Cour européenne des droits de l'homme sur le droit des minorités roms, un cadre qui, dit-il, s'applique directement aux problématiques de l'habitat léger. Il constate que les avocats eux-mêmes sont souvent mal préparés à ces dossiers, qu'ils qualifient parfois de « politiques » — jusqu'à ce que la jurisprudence leur donne raison.

Une diversité de publics mal reconnue

Derrière l'étiquette « habitat léger », Halem défend des publics très différents : gens du voyage, néo-ruraux, mais aussi agriculteurs. Sur ce dernier point, Paul évoque un blocage persistant autour de l'« habitat léger paysan » : la crainte, au niveau des lobbies agricoles et du Sénat, qu'il ne serve de porte d'entrée à une activité type location saisonnière plutôt qu'à une installation agricole raisonnée.

La Corrèze, terrain d'observation

C'est peut-être en Corrèze que cette tension est la plus visible. Le département a adopté une charte de lutte contre la cabanisation après le passage remarqué de Jonathan et Caroline, deux figures de l'habitat léger dont le procès pourrait, selon Paul, faire jurisprudence. Une architecte du CAUE de Corrèze racontait à Paul qu'une consultation sur deux, une année donnée, portait sur l'habitat léger — soit des personnes cherchant à s'installer, soit des maires cherchant à savoir comment réagir. Un projet d'exposition sur le sujet n'a cependant jamais pu voir le jour, faute de moyens accordés par le département — signataire, pourtant, de la charte de lutte contre la cabanisation.

Paul illustre son propos par un cas concret : celui d'un maire qui avait brandi devant un collectif une carte des risques d'éboulement pour justifier une interdiction d'installation, sans jamais la transmettre. Devant le tribunal, Halem a produit l'étude du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) prouvant que le document d'étude du terrain existait et n'indiquait pas de risque particulier — mais aussi et surtout que le maire n'avait jamais répondu à la demande officielle de classement du terrain en STECAL présentée par les occupants (secteur de taille et de capacité d'accueil limitées). Faute de réponse, le juge a écarté la démolition et s'est limité à une amende.

Une manière, pour Paul, de rappeler que la jurisprudence avance souvent par petites victoires locales — et que la Corrèze, à ce titre, est devenue malgré elle un observatoire de ces tensions à l'échelle nationale.

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