Georges Guingouin, le préfet du maquis – Héros de la Résistance, mémoire blessée

Dans cette vidéo-conférence d’une grande richesse humaine, Gérard Mondière, professeur émérite et témoin direct, nous plonge dans l’incroyable trajectoire de Georges Guingouin, premier maquisard de France, figure majeure de la Résistance, et pourtant si longtemps marginalisé, sali, oublié.

Instituteur laïc et communiste, Guingouin entre en clandestinité dès 1941, dans un contexte où le PCF est interdit. Il fonde dans les forêts limousines l’un des plus grands maquis de France, organisant sabotages, parachutages, libérations, et actions militaires à la tête de 8 000 à 14 000 résistants. Sa cible ? L’armée allemande, la milice, la police de Vichy… mais aussi parfois la direction de son propre parti, le PCF clandestin, qui le considère comme un “fou vivant dans les bois”. Pour avoir refusé des ordres inconsidérés – comme libérer Limoges deux jours après le Débarquement, ce qui aurait causé un massacre comme à Tulle –, il est condamné en interne. On envoie même un tueur pour l’éliminer. Il survit, mais tout sera fait pour qu’il paie son insubordination.

Et pourtant, ses faits d’armes sont salués par Eisenhower, et Charles de Gaulle le fait Compagnon de la Libération, le qualifiant de “l’une des plus belles figures de la Résistance”. Guingouin retarde la division SS Das Reich — celle responsable du massacre d’Oradour-sur-Glane —, permettant aux Alliés de progresser vers la Libération.

Après-guerre, il devient maire de Limoges, mais dès 1952, il est exclu du Parti communiste. En 1954, victime de calomnies et accusé à tort de crimes crapuleux, il est emprisonné et passé à tabac, laissé pour mort à la prison de Brive. Il mettra deux mois à se rétablir. Quinze ans plus tard, défendu par Me Henri Leclerc, célèbre avocat pénaliste (un des fondateurs de la Ligue des droits de l’homme contemporaine), qui jouera un rôle important dans sa réhabilitation morale et judiciaire.

Guingouin, injustement accusé de crimes de droit commun au début des années 1950 (notamment dans l’affaire dite des “crimes de Chamberet”), sera finalement innocenté en 1966 par un non-lieu, quinze ans après les faits. La justice l’innocente, mais le mal est fait.

Guingouin finira sa vie comme il l’avait commencée : instituteur, discret et fidèle à ses idéaux. Il meurt en 2005 à Troyes, sans avoir jamais plié. Ce récit poignant, presque romanesque, met en lumière les tensions brutales entre l’éthique révolutionnaire et les logiques de pouvoir. Il résonne aujourd’hui comme un appel à la mémoire et à la justice.

Gérard Monédiaire évoque son livre ainsi que le documentaire de 2h dont il a été co-créateur pour la télévision. Cette conférence est un témoignage rare, salutaire, porté par les Compagnons de la mémoire vivante et les comités ANACRE de Haute-Corrèze.

Documentation

Article de référence sur https://journals.openedition.org/chrhc/5611?lang=fr

Association des amis du musée de la résistance de Limoges : https://les-amis-du-musee-de-la-resistance-de-limoges.com/

Le livre du Pr. Georges Monédiaire :

Le livre de Georges Guingoin sur ses années de résistance :

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