Anne Bonny, Mary Read et le mythe pirate : quand l’histoire dépasse la légende

Le samedi 29 mars, la librairie-café Bonny and Reed d'Argentat-sur-Dordogne accueillait Lucie Card, historienne spécialiste de la piraterie, pour une conférence passionnante sur les femmes pirates et la construction du mythe pirate. Retour sur une soirée qui a bousculé quelques idées reçues.

Des tricornes et des perroquets — mais d'où vient cette image ?

Quand on pense "pirate", les mêmes images surgissent : barbe noire, pavillon à tête de mort, île au trésor. Pourtant, comme l'a rappelé Lucie Card, ce que l'on croit savoir sur la piraterie tient presque entièrement à une poignée de décennies — l'âge d'or de la piraterie, entre 1690 et 1730 — et surtout à un seul livre : L'Histoire générale des pirates, publié en 1724 sous le pseudonyme du "Capitaine Charles Johnson". Un ouvrage dont on ne connaît pas l'auteur avec certitude, dont on ignore les sources, et qui a pourtant façonné tous les imaginaires jusqu'à aujourd'hui.

C'est dans ce livre que naissent Barbe-Noire, mais aussi les deux figures féminines les plus célèbres de la piraterie : Anne Bonny et Mary Read. Deux femmes qui ont bel et bien existé, fait partie de l'équipage de John Rackham, et été jugées en même temps que lui. Mais dont toute la biographie romanesque — l'enfance, les travestissements, les histoires d'amour — repose uniquement sur le récit de Johnson, sans aucune source indépendante pour l'étayer.

Des exceptions… qui cachent les autres

Ce qui est frappant dans l'analyse de Lucie Card, c'est moins ce que l'on sait d'Anne Bonny et Mary Read que ce que leur célébrité a masqué. En les présentant comme des exceptions extraordinaires, l'histoire a implicitement posé la règle : les femmes n'avaient pas leur place sur les bateaux pirates. Or rien ne le prouve. Dans les sociétés caribéennes du XVIIe et XVIIIe siècle — des espaces de survie, de marginalité et de brassage intense — les femmes participaient à la contrebande, gravitaient autour des équipages, et certaines ont très probablement navigué sans jamais être identifiées comme telles.

Mary Critchett, pendue pour piraterie à la même époque, est aujourd'hui totalement inconnue, simplement parce qu'elle n'a pas eu son Johnson pour la romaniser.

Un mythe vivant

Ce qui rend la conférence de Lucie Card particulièrement stimulante, c'est qu'elle ne se contente pas de démystifier. Elle montre comment le mythe pirate a traversé les siècles en absorbant chaque époque — les Lumières, le romantisme, la littérature jeunesse, le mouvement pirate informatique — pour devenir un miroir de nos propres questionnements sur la liberté, la transgression et l'ordre social.

Anne Bonny et Mary Read sont aujourd'hui au cœur d'une BD et d'un podcast Arte. Le mythe continue. Et c'est peut-être tant mieux, à condition de savoir ce qu'on y projette.

La conférence s'inscrivait dans le cadre de l'exposition consacrée aux femmes pirates, visible à Nuage Vert tous les samedis de 15h à 17h.

Livre de l'organisateur et de la conférencière

Peu de traces, grands fantasmes et signes libérateurs pour la GEN Z !

La piraterie fascine. Elle existe sous différentes formes dans le temps long. Mais c’est la piraterie maritime de 1640 à 1730 qui marque nos imaginaires. Tout part d’un livre publié à Londres en 1724 d’un certain Captain Charles Johnson : A GENERAL HISTORY OF THE PYRATES. Sur la page de titre sont mises en valeur deux femmes pirates : « With the remarkable Actions ans Adventures of the two Female Pyrates Mary Read and Anne Bonny ».

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